"Fable électorale parisienne", la chronique d'Anne Roumanoff

Le poste de maire de la capitale était exaltant.
Nombre de postulants s'y étaient pourtant,
par le passé, cassé les dents.
Paris est comme une femme très sollicitée,
pour la séduire, il faut faire preuve de créativité.
Sans compter que le Parisien est persuadé, par ailleurs,
que le simple fait d'habiter Paris fait de lui un être supérieur.
Ainsi, sans avoir besoin de lire, le Parisien se considère cultivé.
Il vous parlera d'un air assuré, comme s'il y était allé,
d'une exposition dont il a juste vaguement entendu parler.

Le Parisien est toujours pressé et tellement occupé,
il a des soucis de déplacement, de logement, d'argent,
c'est sans doute pour cela qu'il sourit si rarement.
À ses proches amis, il répète tous les mois :
"Faut vraiment qu'on s'appelle, qu'on déjeune, qu'on se voie."
Mais ce qui manque le plus cruellement au Parisien, c'est le temps.
Si on lui demande : "Ça va comment?",
il soupire : "Stressé, claqué, débordé, crevé…"

Le Parisien prétend rêver en province de s'exiler
pour enfin du bon air respirer,
mais pour rien au monde, pourtant,
il ne quitterait son 30 mètres carrés au loyer exorbitant.

Le Parisien se dit écolo mais rechigne à trier ses déchets,
il adore le vélo mais, au fond, préfère rouler en Uber que pédaler,
il est pour l'école publique mais est prêt à se ruiner
pour que son enfant soit éduqué dans un collège privé bien fréquenté.
Il mange sans gluten mais ne résiste pas à un bon croissant,
il essaie d'être végétarien mais craque régulièrement pour...


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