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La fête oui, les agressions non: le carnaval de Rio cherche à protéger les femmes

Des employées de la mairie de Rio lors d'une campagne de sensibilisation pour protéger les femmes des agressions lors du carnaval, le 8 février 2024 à Rio de Janeiro (MAURO PIMENTEL)
Des employées de la mairie de Rio lors d'une campagne de sensibilisation pour protéger les femmes des agressions lors du carnaval, le 8 février 2024 à Rio de Janeiro (MAURO PIMENTEL)

Eviter d'être seule dans la foule, opter pour des boissons en cannette, utiliser un QR code en cas d'urgence: A Rio, les recommandations se multiplient pour les femmes pendant le carnaval, durant lequel les agressions sont légion.

Le coup d'envoi officiel du carnaval de Rio a été donné vendredi, avec les "blocos", traditionnels cortèges musicaux à travers la ville qui attirent parfois jusqu'à plusieurs centaines de milliers de personnes, venues danser, rire et boire.

Une enquête, réalisée en janvier auprès de 1.500 personnes par l'institut de recherche Locomotiva, a révélé que la moitié des femmes interrogées (50%) avaient été victimes d'agressions lors des éditions précédentes du carnaval.

Et sept Brésiliennes sur dix (73 %) craignent d'être victimes de harcèlement sexuel pendant les festivités.

L'explication tient en deux mots: alcool et machisme, selon Erica Paes, spécialiste de la sécurité des femmes.

"Les hommes pensent qu'ils ont le droit et le pouvoir sur le corps des femmes", explique à l'AFP Mme Paes, également championne du monde de MMA (arts martiaux mixtes).

Elle a créé et coordonne le programme "Empoderadas" ("Emancipées") de l'État, qui a redoublé d'efforts pour fournir des informations sur les comportements à adopter, les situations à éviter et ma marche à suivre en cas d'urgence.

"La sensibilisation est le principal outil de protection des femmes aujourd'hui, afin qu'elles sachent qu'elles peuvent être victimes de violences et qu'elles ont quelqu'un à qui s'adresser pour obtenir de l'aide", explique Mme Paes.

- "Non, c'est non" -

Le Brésil a adopté en décembre la loi "Non, c'est non", qui établit un protocole obligatoire dans les lieux de divertissement afin de protéger les victimes d'agressions, d'encourager le signalement et de préserver d'éventuelles preuves.

Cette règle s'inspire du dispositif "No callem" en Catalogne ("Ne nous taisons pas"), qui a permis de traduire en justice le footballeur brésilien Dani Alves, accusé d'avoir violé une femme dans une boîte de nuit de Barcelone, ce qu'il nie.

"Diffusons des informations vitales et renforçons l'idée qu'une fois que la femme a dit non, ça relève du harcèlement", a déclaré Joyce Trindade, du secrétariat des femmes de la préfecture de Rio, responsable de la campagne Carnaval+Safe.

Cette année, des points d'aide pour les femmes seront installés au Sambadrome et sur l'avenue Intendente Magalhaes, un autre grand axe du défilé.

Des QR codes avec des informations (en quatre langues) sur la façon d'obtenir de l'aide ont été installés dans de nombreux espaces publics, notamment les toilettes du Sambodrome.

Dans les bus, les tramways et les métros, bondés pendant les festivités, il n'est pas rare de rencontrer une équipe d'Empoderadas venue donner des conseils aux passagères, et notamment celui-ci: si vous allez boire, assurez-vous d'être entourées d'un groupe d'amis.

- Pas à la hauteur -

À l'extérieur de l'hôpital psychiatrique Nise da Silveira, dans le nord de Rio, le cortège Loucura suburbana (la folie des faubourgs) règle les derniers détails et l'effervescence est à son comble.

Parmi les centaines de fêtards rassemblés, une dizaine de femmes en violet et paillettes de la campagne Carnaval+Safe distribuent des autocollants et des éventails avec les slogans "Respectez les filles" et "Non, c'est non".

Mais pour certaines, cela ne suffit pas.

"Les campagnes ne sont pas encore à la hauteur de la gravité de la situation pour les femmes lors du carnaval", estime Danielle Ribeiro, 38 ans, qui participe au cortège.

"C'est mieux que rien, mais je crois qu'en soi, ça ne résout pas le problème", poursuit l'historienne, qui souhaiterait davantage de lieux où il serait possible de faire un signalement, et des peines plus sévères pour les agresseurs.

C'est aux hommes "de devoir construire une autre façon d'être lors du carnaval".

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