Une expo rouge sang

Des personnes torturées, mutilées ou égorgées, enveloppées dans de vieux vêtements. Cette actualité terrifiante, devenue le lot quotidien des Mexicains, est depuis le 24 mai mise en scène par la plasticienne Rosa María Robles, qui expose des œuvres dans la ville de Culiacán [Etat de Sinaloa, dans le nord-ouest du pays] pour montrer à quel point cette violence traduit une emprise grandissante de la narcoculture sur le Mexique. Intitulée “Navajas” [Couteaux], l’exposition “parle, selon l’artiste, de la déshumanisation, de la violence, du pouvoir que nous avons accordé à l’argent, de la décadence de la société. C’est une réflexion en profondeur sur une narcoculture de plus en plus envahissante, qui impose ses codes de pouvoir à tous les niveaux de notre société si mal en point.”
L’installation originale a dû être modifiée, car sa créatrice avait utilisé des vêtements ensanglantés provenant de scènes de crimes réels. Ces vêtements sont actuellement en possession du bureau du procureur général de la république [PGR, équivalent du ministère de la Justice] de Sinaloa. Et, si l’artiste ne dit pas comment elle a obtenu de tels vêtements, elle assure qu’au Mexique la police n’enquête pas sur tous les assassinats et qu’elle ne conserve pas toutes les pièces à conviction après un crime. L’intention de Rosa María Robles n’était pas de provoquer, mais d’attirer l’attention sur les effets de l’insécurité au Mexique. “Nous sommes arrivés à un tel degré de décadence que nous nous accommodons de la violence que nous vivons quotidiennement, fait-elle valoir. Parfois, on râle, on essaie de se secouer, mais énormément de gens réagissent en disant : ‘Pourquoi s’engager ? Il vaut mieux ne pas y penser ; de toute façon, rien ne peut changer’.”
Mme Robles explique que les vêtements saisis par la justice faisaient partie de l’œuvre intitulée Tapis rouge, une installation dans laquelle elle avait placé des miroirs face aux vêtements ensanglantés et où, par conséquent, les spectateurs se reflétaient. “Ils étaient très touchés, parce qu’ils se rendaient compte que l’œuvre, c’était eux-mêmes, explique l’artiste. Voilà ce qui m’intéresse, amener les gens à réfléchir sur la violence. C’est pour ça que je voudrais qu’on n’en reste pas au sensationnalisme.”
Elle souligne cependant que la pièce essentielle de l’exposition n’est pas pour elle Tapis rouge, mais plutôt celle intitulée Table dressée avec nappe et coupe de fruits. La nappe est faite de coupures d’articles de journaux concernant des faits sanglants survenus à Culiacán. “Pendant des mois, j’ai rassemblé des brèves sur des assassinats, des exécutions, note l’artiste. C’est une horreur et nous vivons avec.”
Formée à l’Ecole des arts et métiers de l’Université autonome de Sinaloa et à l’Ecole nationale de peinture, de sculpture et de gravure de Mexico, Rosa María Robles affirme ne pas avoir eu de contact avec les familles des victimes pour obtenir les vêtements. “Mais je ne vais pas vous dire comment je les ai obtenus tant qu’il n’aura pas été reconnu officiellement qu’ils sont authentiques. Tout indique que c’est le cas, mais je ne veux pas m’avancer.”

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