Explosions du port de Beyrouth: le juge en charge l'enquête dessaisi du dossier

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Au Liban, Fadi Sawan, le juge d'instruction chargé de l'enquête sur les explosions au port de Beyrouth a été dessaisi du dossier. Cette décision prise par la Cour de cassation fait suite à un recours pour « suspicion légitime » présenté par deux anciens ministres mis en accusation pour « négligence » dans cette affaire.

Avec notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh

Le désaveu est cinglant. La Cour de cassation a motivé sa décision de dessaisir le juge Fadi Sawan par deux arguments, juridique et personnel.

Sur le plan légal, le tribunal a estimé que le juge d’instruction avait lui-même violé la loi en affirmant qu’il ne reculerait devant « aucune immunité » ou « ligne rouge » dans son enquête. Ces propos posent problème, car selon la Constitution, les présidents, les Premiers ministres et les ministres ne peuvent être jugés que par une cour spéciale créée par le Parlement.

Sur le plan personnel, la Cour de cassation souligne que l’appartement du juge Fadi Sawan, dans le quartier d’Achrafieh durement touché par le drame du 4 août 2020, a été endommagé par l’explosion. Par conséquent, le magistrat a été « directement sinistré par la déflagration », ce qui remet en cause son objectivité dans l'affaire, selon la Cour de cassation.

Ces arguments n’ont pas convaincu les familles des victimes du 4 août. Leur porte-parole a accusé les « responsables politiques » de les avoir tuées une seconde fois en stoppant l’enquête censée faire la lumière sur le drame.

Plus de six mois après la double explosion qui a fait 200 morts et plus de 6 500 blessés, l’enquête revient donc à la case départ. Après le désaveu de Fadi Sawan, celui qui lui succèdera devra s’armer d’un très grand courage pour mettre en cause des hommes politiques.