Explosions au port de Beyrouth : un militant clé de l'enquête se désiste, possiblement intimidé

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Ibrahim Hoteit, porte-parole d'un collectif des proches des victimes des explosions meurtrière au port de Beyrouth, a annoncé samedi son retrait du groupe après avoir diffusé une vidéo appelant à récuser le juge qui enquête sur ce drame. Certains observateurs évoquent une possible intimidation.

Dans une vidéo virale qui a circulé dans la soirée du vendredi 15 octobre sur les réseaux sociaux, Ibrahim Hoteit appelle le juge Tarek Bitar – au cœur d'une campagne de dénigrement orchestrée par le Hezbollah – à se récuser. Le puissant mouvement chiite et ses alliés accusent le magistrat de "politiser" l'enquête. Tarek Bitar a inculpé de hauts responsables, parmi lesquels deux députés du parti chiite Amal, allié du Hezbollah.

Dans la vidéo, Ibrahim Hoteit apparaît lisant un communiqué et jetant des regards furtifs hors du champ de la caméra. Cette vidéo a été diffusée au lendemain d'incidents armés sanglants qui ont fait sept morts dans la capitale libanaise, parmi lesquels six membres du Hezbollah et d'Amal, lors d'une manifestation exigeant le départ de Tarek Bitar.

Interrogé par l'AFP, Ibrahim Hoteit a nié toute "pression" ou "intimidation", affirmant avoir enregistré la vidéo "à titre personnel". "La seule pression que j'ai subie sont les incidents de jeudi et la crainte d'un glissement vers une guerre civile. J'ai donc décidé de renoncer à mon rôle de porte-parole", a-t-il affirmé.

Un revirement "soudain"

Mais la diffusion de la vidéo a suscité samedi de l'étonnement et des doutes parmi d'autres proches de victimes des explosions du 4 août 2020 – qui ont fait plus de 210 morts –, faisant naître des soupçons d'intimidation. Dans un communiqué, les familles des victimes de l'explosion ont évoqué une vidéo "étonnante (...) qui ne nous représente pas du tout", réitérant leur appui au juge Bitar et déplorant les ingérences politiques dans l'enquête.

"Ibrahim a sans doute été soumis à des pressions", a affirmé à l'AFP William Noun, frère d'un des pompiers tués dans le drame. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont déploré des "menaces" qui auraient été exercées par le tandem Hezbollah-Amal sur Ibrahim Hoteit.

Lina Khatib, une analyste pour le groupe de réflexion Chatham House, affirme que la vidéo d'Ibrahim Hoteit est "alarmante car il s'agit d'un soudain revirement à 180 degrés par rapport à (ses) précédentes déclarations en faveur de l'enquête". "Dans la vidéo, il semble (agir) sous la contrainte", affirme-t-elle, soulignant qu'il n'a pas la même façon de parler que d'habitude. "Tout suggère qu'il a publié la déclaration vidéo parce qu'il sentait qu'on lui mettait la pression."

Sur Twitter, Lina Khatib s'est montrée encore plus ferme en déclarant qu'Ibrahim Hoteit "était chez lui quand des hommes sont entrés et l'ont forcé" à publier cette vidéo. D'après elle, "la vie de Hoteit est en danger".

L'enquête menée par le juge Bitar est au cœur de vives tensions et divisions au Liban depuis plusieurs semaines. Cette polarisation a dégénéré en violences meurtrières jeudi renvoyant vers les années sombres de la guerre civile (1975-1990).

Avec AFP

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