Explosion à Beyrouth : le juge chargé de l'enquête ne sera pas dessaisi

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La justice libanaise a rejeté lundi des plaintes de députés qui souhaitaient dessaisir le juge chargé de l'enquête sur la double explosion au port de Beyrouth. Les investigations vont pouvoir reprendre immédiatement.

Une cour d'appel au Liban a rejeté, lundi 4 octobre, des plaintes de députés visant à dessaisir Tarek Bitar, le juge chargé de l'enquête sur les explosions au port de Beyrouth, ouvrant la voie à une reprise immédiate des investigations, selon une source judiciaire.

Les explosions dévastatrices, survenues le 4 août 2020 et imputées de l'aveu même des autorités au stockage sans mesures de précaution d'énormes quantités de nitrate d'ammonium, ont fait plus de 200 morts, plus de 6 500 blessés et dévasté des quartiers entiers de la capitale.

Le 27 septembre, le juge Tarek Bitar a dû suspendre l'enquête après la plainte du député Nohad al-Machnouk, qui évoquait un vice de forme sur la base d'un article constitutionnel stipulant la poursuite des responsables par la seule Haute Cour de justice.

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Nohad al-Machnouk, un ex-ministre, est soupçonné de "négligence et manquements" dans la cadre de l'enquête. Deux autres députés et ex-ministres, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zaayter, également soupçonnés dans l'enquête, avaient déposé une plainte similaire.

"La Cour d'appel a rejeté les plaintes déposées par les députés Machnouk, Khalil et Zaayter réclamant le dessaisissement du juge (Tarek) Bitar (...) estimant qu'elle n'était pas compétente en la matière", a indiqué à l'AFP la source judiciaire. "Dès à présent (le juge) Bitar peut reprendre ses investigations et pourrait convoquer dans un proche avenir les trois députés pour interrogatoire", a-t-elle ajouté.

Une énième entrave politique

Pointées du doigt pour négligence criminelle, les autorités libanaises ont rejeté toute enquête internationale, avant de dessaisir en février le premier enquêteur après l'inculpation de hauts responsables.

Depuis qu'il a hérité de l'affaire, Tarek Bitar a convoqué l'ex-Premier ministre Hassan Diab et quatre ex-ministres, dont les trois députés à l'origine des plaintes, en vue de leur inculpation, réclamant la levée de leur immunité. Mais le Parlement a refusé.

La suspension de l'enquête avait été perçue comme une énième entrave politique au travail de la justice.

De leur côté, les familles des victimes décrivent Tarek Bitar comme un magistrat rigoureux soucieux de percer la vérité dans une affaire qu'il perçoit comme une mission.

"Certains semblent paniquer en raison du travail sérieux que mène le juge Bitar", estime Antonella Hitti, sœur d'une victime, jointe au téléphone par France 24. "Les menaces contre lui nous confortent dans l'idée qu'il fait du bon travail et que la boussole de son enquête pointe vers la bonne direction, c'est-à-dire vers ceux qui se cachent pour fuir leurs responsabilités et qui ont peur au point de faire l'impossible pour le démettre."

Tenu en haute estime par ses confrères

Le 4 août 2020, son frère Najib Hitti, son cousin Charbel Hitti et son beau-frère Charbel Karam ont été tués dans le port de Beyrouth, où leur équipe de pompiers avait été envoyée quelques minutes avant les explosions.

Originaire de la région du Akkar (au nord du Liban) et tenu en haute estime par ses confrères, le juge âgé de 46 ans semble hermétique aux menaces et aux pressions. Même lorsque c'est Hassan Nasrallah en personne qui s'en prend à lui, comme il l'avait fait dans un discours télévisé prononcé le 8 août. "L'enquête est politisée", avait notamment déclaré le Secrétaire général du Hezbollah. "Soit [le juge Tarek Bitar] doit travailler […] de manière claire, soit la justice doit trouver un autre juge."

"On sait que le chef du Hezbollah n'a pas pour habitude de prendre aussi souvent la parole, mais depuis que Tarek Bitar a été nommé, il a fait plusieurs discours dans lesquels il a pris pour cible le juge et son enquête, est-ce à dire qu'il est gêné par son travail ?", s'interroge Antonella Hitti.

Nommé à la tête de cette enquête en février 2021, alors qu'il présidait la Cour criminelle depuis 2017, le juge Tarek Bitar n'est pas le premier magistrat à subir toutes sortes de pressions dans le cadre de cette affaire. Avant lui, le juge Fadi Sawan avait été chargé du même dossier, mais il a été récusé le 18 février après que la Cour de cassation a répondu favorablement à une demande déposée par deux anciens ministres qu'il avait inculpé pour négligence.

Avec AFP

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