Comment expliquer l'intensité des inondations meurtrières qui touchent le Pakistan?

Cette vue aérienne montre une zone résidentielle inondée dans la ville de Dera Allah Yar après de fortes pluies de mousson dans le district de Jaffarabad, province du Baloutchistan, au Pakistan, le 30 août 2022.  - Fida HUSSAIN / AFP
Cette vue aérienne montre une zone résidentielle inondée dans la ville de Dera Allah Yar après de fortes pluies de mousson dans le district de Jaffarabad, province du Baloutchistan, au Pakistan, le 30 août 2022. - Fida HUSSAIN / AFP

Ce sont "les pires inondations du pays", selon les autorités. Des rivières qui sortent de leur lit et emportent tout sur leur passage, des barrages qui menacent de céder, plus d'un million de maisons détruites... près d'un tiers du Pakistan est noyé sous les eaux. Selon un premier bilan, 1136 personnes ont été tuées dans ces intempéries et 33 millions ont été déplacées. Un bilan certainement sous-estimé puisque de nombreuses zones restent extrêmement difficiles d'accès.

Chaque année, le Pakistan est touché de manière cyclique par une saison de mousson, de juin à septembre, qui entraîne des fortes pluies et des inondations. Toutefois, l'intensité et l'ampleur du phénomène sont, cette année, exceptionnelles.

La fonte des glaces fait gonfler les cours d'eau

Le pays aux 230 millions d'habitants est en première ligne du dérèglement climatique et les inondations historiques actuelles sont le résultat d'une combinaison de facteurs liés à cette crise climatique, l'entraînant dans un véritable cercle vicieux.

Situé au pied de l'Himalaya, le Pakistan voit ses glaciers fondre, notamment dans les régions montagneuses du nord. Les cours d'eau du pays sont ainsi gonflés par cet excédent d'eau. Certains d'entre eux se jettent notamment dans l'Indus, le plus grand fleuve du Pakistan qui traverse le pays du Nord au Sud, alimentant les villes et de vastes étendues de terre agricoles.

Cette année en particulier, plusieurs lacs glaciaires également ont rompu leurs barrages de glace, libérant une dangereuse masse d'eau, rapporte la revue scientifique Nature.

"L'endroit le plus chaud de la planète"

C'est dans ce contexte particulièrement tendu qu'a commencé la saison des moussons au Pakistan. Toutefois, avec une pluviométrie record. "Le Pakistan n'a jamais vu un cycle ininterrompu de mousson comme celui-ci: huit semaines de torrents ininterrompues", a déclaré Sherry Rehman, ministre pakistanaise du Changement climatique, dans des propos rapportés par The Guardian.

Selon les chercheurs, la catastrophe peut être expliquée par la chaleur extrême qui a touché le pays ces derniers mois. En avril et en mai, les températures ont dépassé les 40°C pendant des périodes prolongées dans de nombreuses régions du Pakistan. Dans la ville de Jacobabad, la barre des 51°C a été dépassée.

"Il ne s'agissait pas de vagues de chaleur normales - c'était les pires au monde. Nous avions l'endroit le plus chaud de la planète au Pakistan", déclare Malik Amin Aslam, ancien ministre du Changement climatique.

Vers des moussons de plus en plus intenses

Ces températures extrêmes ont une incidence sur les pluies. Plus il fait chaud, plus il va y avoir de l'évaporation d'eau. De plus, l'air chaud permet de retenir davantage d'humidité dans l'atmosphère. Conséquence: les précipitations sont plus intenses, plus violentes et également plus précoces.

Depuis le début de la mousson, le Pakistan a reçu près de deux fois ses précipitations annuelles moyennes. Les provinces méridionales du Sindh et du Baloutchistan ont reçu plus de cinq fois cette moyenne.

Le réchauffement climatique pourrait donc aggraver ces phénomènes dans les années à venir. Entre 1952 et 2009, les températures au Pakistan ont augmenté de 0,3°C par décennie, soit plus que la moyenne mondiale.

En première ligne du dérèglement climatique

Autre facteur aggravant: ces pluies diluviennes interviennent après une canicule et une sécheresse intense et se heurtent ainsi à des sols complètement asséchés. L'eau ne peut pas pénétrer dans des sols devenus imperméables et n'a pas le temps d'être absorbée tant les précipitations sont intenses. L'eau va alors ruisseler et provoquer des inondations et des crues car elle se déverse rapidement dans les cours d'eau et les canalisations.

La population pakistanaise est particulièrement exposée aux phénomènes météorologiques extrêmes liés à l'urgence climatique. Elle est d'ailleurs classée au huitième rang des pays les plus exposés au monde par l'indice mondial des risques climatiques.

"Nous nous trouvons à l'épicentre de phénomènes météorologiques extrêmes", déplore la ministre du Changement climatique, Sherry Rehman.

Article original publié sur BFMTV.com