Comment expliquer aux enfants cet été de tous les extrêmes ?

Photo
Vanessa Loring - Pexels

Vanessa Loring - Pexels

Sécheresse, canicule, incendies, inondations : comment évoquer ces sujets avec vos enfants ?

ENVIRONNEMENT - « L’été a été très très chaud, et chaque année les étés le seront de plus en plus et cela entraînera de nombreux feux de forêts » : des mots simples et honnêtes. C’est ce que préconise la pédopsychiatre Laelia Benoit, interrogée par Le HuffPost, pour expliquer aux enfants les incendies, la canicule, la sécheresse ou encore les orages violents qui ont frappé la France cet été.

La chercheuse, qui mène une vaste étude sur l’impact du changement climatique sur la santé mentale des enfants et des adolescents au Yale Child Study Center, aux États-Unis, conseille aux parents de ne pas nier l’existence du dérèglement climatique aux plus jeunes. « Entre 4 et 6 ans, ils peuvent déjà avoir conscience de la mort, ils sont donc à même de comprendre les effets du réchauffement », poursuit-elle. Cacher ces évènements pour protéger un enfant peut même avoir l’effet inverse qu’escompté, il peut se mettre à cogiter sur les raisons de cette exclusion.

« Il n’y a pas d’âge pour commencer à en parler », nous confirme au téléphone la pédopsychiatre Christine Barois. Le tout est d’être rassurant : « Ce n’est pas la première crise que l’humanité traverse, il y a eu dernièrement les attentats de 2015 ou le Covid et on a réussi à trouver le bon discours avec les enfants, c’est la même chose avec la crise climatique. »

Des enfants très touchés par le sort des animaux

Les deux expertes insistent sur le fait qu’il ne faut pas tomber dans un discours trop anxiogène, car l’éco-anxiété n’épargne pas les enfants. Il faut donc trouver le juste équilibre entre informer sans angoisser ni trop relativiser. Pour les parents inquiets de faire peur à leurs enfants, Laelia Benoit les rassure : « Ils savent très bien exprimer leurs inquiétudes, par exemple, ils vont demander comment aider les ours blancs sur la banquise ».

Évoquer l’extinction des espèces est d’ailleurs une bonne manière de rendre le sujet du climat concernant : « Les enfants sont souvent très touchés par le sort des animaux et peuvent ressentir une tristesse profonde à l’idée que certains puissent disparaître ».

Il faut parler, mais aussi proposer des solutions aux enfants, comme réduire ses déchets, recycler, faire des économies d’eau, éteindre les lumières, et tout cela en famille. « Sans oublier de bien expliquer pourquoi on fait ces petits gestes ! », ajoute la pédopsychiatre.

La chercheuse nous partage le témoignage d’une petite fille interrogée pour son étude, persuadée que ses parents ne faisaient rien pour la planète. « Elle disait que ses parents achetaient des produits végétariens juste parce qu’ils aimaient beaucoup les légumes, ça fait rire mais cela montre l’importance d’expliquer pourquoi on adopte tel ou tel comportement aux enfants. »

Dialoguer et agir en famille fait beaucoup dans la compréhension des enfants aux problématiques environnementales, mais l’école aussi a un rôle prépondérant pour les sensibiliser.

Des programmes scolaires inadaptés ?

Un enfant qui fait sa première rentrée cette année quittera l’école au moins en 2038 et vivra dans un monde où le climat aura déjà fortement évolué. Les programmes scolaires revus en 2020 se sont déjà adaptés pour mieux expliquer ces changements, et ce dès la maternelle. Les instituteurs sont invités à encourager l’enfant à « adopter une attitude responsable en matière de respect des lieux et de protection du vivant ».

Pour les primaires, les programmes préconisent aux enseignants de montrer « des paysages d’aujourd’hui et du passé pour mettre en évidence quelques transformations. » Les images de la fonte des glaciers ou des lacs à secs de cet été peuvent être de bons exemples.

Mais pour mieux appréhender ces évolutions, pour Gilles Boeuf, ancien directeur du Muséum National d’Histoire Naturelle, l’école doit aller plus loin que les programmes : « Elle doit être le terrain de l’émerveillement, il faut que les enseignants amènent les enfants dans la nature pour qu’ils renouent avec le vivant », exprime-t-il au HuffPost. Au contact de la nature, les enfants peuvent apprendre l’humilité en comprenant que tous les hommes font partie du vivant, « et que nous sommes tous composés de bactéries ».

Plus tard, au collège et au lycée, les cours de Sciences de la vie de la Terre (SVT) aident à comprendre l’impact du changement climatique sur la biodiversité. Même si, selon le biologiste, « moins d’un lycéen sur trois dispose d’un socle de connaissances approfondies sur l’écologie », affirme-t-il en citant un chiffre de l’association Water Family.

Toutefois les jeunes sont parfois plus éduqués aux questions environnementales que le sont les plus grands. « Eh oui, ce sont eux qui sensibilisent les adultes au changement climatique », acquiesce Gilles Boeuf. C’est peut-être aux parents qu’il faudrait demander : Savez-vous expliquer les effets du dérèglement climatique ?

À voir également sur Le HuffPost : Les épaves de navires nazis refont surface avec la sécheresse

Vous ne pouvez visionner ce contenu car vous avez refusé les cookies associés aux contenus issus de tiers. Si vous souhaitez visionner ce contenu, vous pouvez modifier vos choix.

Lire aussi :

Lire aussi