"Il existe un mythe du 'zéro humain sur le champ de bataille'"

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A l’heure ou Microsoft et Amazon travaillent pour le Pentagone, où l’armée française teste des robots-chiens et où Israël se protège avec une barrière anti-missile automatique, que devient la responsabilité humaine ? Entretien avec la philosophe Marie-des-Neiges Ruffo.

La guerre prend de plus en plus des airs de science-fiction. En mai 2021, les combats entre le Hamas et l’armée Israëlienne mettaient sur le devant de l’actualité le système de missile anti-roquette appelé Dôme de Fer. Déployé par Israël, il s’agit d’un dispositif automatique qui prévoit le point d’impact d’un projectile ennemi et déclenche le tir en fonction. La Darpa, l’agence de recherche de l’armée américaine, travaille à un navire chasseur de sous-marin sans équipage (voir Sciences et Avenir du mois d’octobre 2021). Récemment, Amazon et Microsoft ont remporté un contrat avec le Pentagone, quand Google y renonçait en 2018. La responsabilité humaine va-t-elle se diluer dans la technologie ? Peut-être pas tant que ça, selon Marie-des-Neiges Ruffo, enseignante en philosophie à l'université de Namur (Belgique) et auteur d’Itinéraire d’un robot tueur (Le Pommier, 2018).

"Ne peut être amenée devant un tribunal qu’une personne physique"

Sciences et Avenir: L’utilisation croissante d’armes et d’équipements automatisés brouille-t-elle la notion de responsabilité en cas d’erreur sur une cible ou de crime de guerre ?

Marie-des-Neiges Ruffo : La notion de responsabilité sera toujours la même. Est responsable quelqu’un qui est capable de dire “J’ai fait ceci, j’ai fait cela”. De ce point de vue, certains essaient d’introduire l’idée qu’un robot serait capable de porter une responsabilité parce que son programme lui permettrait de prendre une décision. On a là l’anthropomorphisation d’un processus algorithmique.

Mais cela ne change rien en réalité. Ne peut être amenée devant un tribunal qu’une personne physique. Il existe évidemment, en matière juridique, des personnes non physiques. La personnalité morale des entreprises, par exemple. Cette notion a été créée pour protéger les victimes : il fallait avoir quelqu’un pour leur répondre, ainsi qu'à leurs familles, et les indemniser en cas de faute d’une entreprise. En créant un artifice similaire pour les robots, on cherche au c[...]

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