Les excuses, le malaise, la confrontation, le verdict: les temps forts du procès de Jonathann Daval

Justine Chevalier
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Siegfried Mahé a dessiné la reconstitution du meurtre diffusée à l'audience. - Siegfried Mahé
Siegfried Mahé a dessiné la reconstitution du meurtre diffusée à l'audience. - Siegfried Mahé

C'était un procès attendu, un procès hors norme sur le point de vue de l'organisation avec une quarantaine de médias accrédités. Mais surtout un procès hors norme tant l'affaire Daval a ému la France entière et tant les attentes étaient grandes pour la famille de la victime, qui espérait obtenir "toute la vérité" de la part de Jonathann Daval.

Le procès de Jonathann Daval, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, devant la cour d'assises de Haute-Saône, doit se terminer ce samedi avec un verdict attendu en fin d'après-midi ou en début de soirée, selon le président de cette cour. Il aura duré un jour de plus que le planning prévisionnel.

JOUR 1 - Les larmes de Jonathann Daval

Lors de la première journée de ce procès au tribunal de Vesoul, Jonathann Daval s'est présenté le visage émacié. D'une voix faible, il a répondu "Jonathann Daval" lorsque son identité lui a été demandée et "oui" pour savoir s'il reconnaissait toujours être le meurtrier de son épouse.

Alors que les parents d'Alexia Fouillot espéraient des "nouvelles révélations", le président de la cour d'assises est revenu sur le dossier en faisant lecture du rapport des faits. Lorsque Matthieu Husson a évoqué le corps calciné d'Alexia Fouillot retrouvé le 30 octobre 2017 dans le bois d'Esmoulins, là où le meurtrier l'a déposé, Jonathann Daval s'est mis à pleurer. L'accusé avait finalement reconnu ce volet de l'enquête lors de la reconstitution du meurtre, en juin 2019.

"Aussitôt que le feu a pris, je suis parti... C'est dégueulasse", dira-t-il lors de son procès, interrogé sur cet aspect du meurtre.

JOUR 2 - La thèse du viol post mortem évoquée avec les experts

Depuis le premier jour du procès, les parties civiles évoquent la possibilité qu'Alexia Fouillot ait été violée après avoir été tuée. Me Randall Schwerdorffer, l'avocat de Jonathann Daval, a qualifié ce débat de "parasitaire", rappelant que cette hypothèse avait été écartée pendant l'instruction. La famille d'Alexia Fouillot cherche toutefois à éclaircir ce point avec les experts, et notamment à comprendre pourquoi du sperme de Jonathann Daval a été retrouvé dans le corps ainsi que sur la culotte et le short d'Alexia Daval.

Si le médecin-légiste, entendu pendant presque neuf heures, a jugé compatible un rapport sexuel forcé avec l'absence de lésions vaginales, il dit toutefois n'avoir aucune preuve d'un tel acte. Jusqu'alors, Jonathann Daval a dit avoir eu une relation sexuelle avec sa femme trois jours avant le meurtre, un élément qui peut, selon l'expert, expliquer la présence de son sperme.

Non seulement je n'en ai pas la preuve (qu'il y a eu viol, NDLR), mais je n'ai pas d'argument positif indiquant qu'un tel rapport ait eu lieu", tranche le médecin légiste.

>> Procès Daval: l'hypothèse d'un viol post mortem écarté par le médecin légiste

JOUR 3 - Du témoignage des parents d'Alexia Fouillot au malaise de l'accusé

"Sois un homme, prends tes responsabilités!", l'interpelle Isabelle Fouillot lorsque la cour lui donne la parole. Comme son mari Jean-Pierre, la mère d'Alexia confie sa difficulté à parler de sa fille. Mais il le faut, pour restaurer son image, et détruire celle de la femme dominatrice dépeinte par la défense. Avec cette prise de parole devant la cour d'assises de Haute-Saône, les parents de la victime n'aspirent qu'à une chose: la vérité, car, pour eux, leur ancien gendre n'a pas livré tous ses secrets, et notamment pourquoi il a tué leur fille ce soir du 27 octobre 2017.

"Tu as tout détruit, moi je veux juste la vérité", intime la mère d'Alexia Fouillot à Jonathann Daval.

Le père d'Alexia, Jean-Pierre Fouillot, a fait part du chagrin de sa famille depuis la mort de leur fille. Une famille qui a pris "perpétuité", dit-il. Jean-Pierre Fouillot réclame alors "la peine maximale" pour le meurtrier d'Alexia. Au terme de ces deux témoignages, Jonathann Daval est entendu brièvement par la cour d'assises. Au bout de 30 minutes d'interrogatoire, après avoir présenté des excuses pour un geste qui n'est pas "excusable", selon ses mots, l'accusé se sent mal, il fait un malaise. Il est transporté à l'hôpital de Vesoul, et l'audience est suspendue, puis reportée au lendemain.

JOUR 4 - "Je lui ai donné la mort": il reconnaît avoir voulu tuer Alexia Fouillot

Pour la première fois depuis le début de l'affaire, Jonathann Daval reconnaît lors de son interrogatoire devant la cour d'assises avoir voulu tuer sa femme. Il avait d'abord évoqué un accident, puis avoir serré son cou sans se rendre compte des conséquences.

"La morsure m’a mis hors de moi (...) J’ai pété un câble (...) Quoi qu’il en soit, je lui ai donné la mort, oui, quand on étrangle quelqu'un comme ça, c'est pour donner la mort", répond-il au président qui le questionne.

Au lendemain de son malaise, Jonathann Daval a fait devant la cour le récit des événements, le soir du meurtre de son épouse. Il a évoqué des reproches, des insultes, une dispute puis des coups et enfin un étranglement. Une version à laquelle ne peut croire la famille Fouillot, qui pense qu'Alexia a menacé de le quitter. L'élément qui serait déclencheur de cet accès de rage, pour une personnalité décrite comme ne supportant pas la rupture.

Jonathann Daval a en effet été décrit par un psychologue et un psychiatre comme ayant une personnalité "caméléon", s'adaptant à ce que les autres attendent de lui. Un homme aux deux personnalités, qui ne se rencontrent jamais: à la fois timide, réservé et dominateur.

>> "J'ai pété un câble": pour la première fois, Jonathann Daval reconnaît avoir voulu tuer sa femme

JOUR 5 - "Bon séjour en prison": la confrontation entre Isabelle Fouillot et Jonathann Daval

La famille Fouillot aura cru jusqu'à la toute fin découvrir toute la vérité sur le meurtre de leur fille, alors qu'elle ne peut cesser de penser que des zones d'ombre persistent. Isabelle Fouillot a jeté ses dernières cartes dans la confrontation avec son ancien gendre. Insistant, le suppliant presque, la mère d'Alexia a voulu savoir "pourquoi". "Ne me dis pas que tu l'as tuée pour quelques mots", interroge-t-elle.

"S'il te plaît, aujourd'hui lâche toi, lui intime-t-elle, en larmes. C'est la dernière fois qu'on se voit, qu'on se parle. J'ai besoin de le savoir."

Jonathann Daval confirme une nouvelle fois sa version, la dispute, la dispute de trop selon lui. Tout simplement parce qu'il a donné toutes les justifications possibles, estime l'avocate de l'accusé, Me Spatafora. Isabelle Fouillot, désormais "résignée", ne veut pas y croire. Elle attendait plus de son ancien gendre.

"Je te souhaite un bon séjour en prison", lui lance-t-elle. Avant d'observer un long silence. "Adieu".

JOUR 6 - Le jour du verdict

Ce samedi 21 novembre marque la fin du procès de Jonathann Daval. La journée a débuté par le réquisitoire. Selon l'avocat général qui a requis la perpétuité pour Jonathann Daval, ce dernier a tué sa femme car "elle voulait le quitter".

De son côté la défense a appelé les jurés à ne pas suivre les réquisitions du procureur.

"Vous ne jugez pas Guy Georges ou Fourniret", a lancé Me Randall Schwerdorffer au cours de sa plaidoirie.

Jonathann Daval a enfin pu prendre la parole une dernière fois samedi après-midi avant le délibéré des jurés. L'accusé a simplement demandé "pardon" à deux reprises à Isabelle et Jean-Pierre Fouillot, les parents d'Alexia.

Ce n'est qu'après ces derniers mots que les jurés se sont retirés pour délibérer du sort de Jonathann Daval, au terme de six jours d'audience d'une affaire riche en rebondissements. Au bout de 2h30 de délibérations, le verdict est finalement tombé: l'accusé est reconnu coupable et condamné à 25 ans de réclusion criminelle, sans peine de sûreté.

>>> Daval, la série: les quatre épisodes de la série documentaire événement de BFMTV sont disponibles en replay et en version podcast.

Article original publié sur BFMTV.com