Des excuses américaines pires que le crime

Rien que la vue de George Bush en train de parler, de marcher ou de saluer en levant les bras, de répéter des futilités, de mentir ou de menacer… est devenue une véritable punition pour le spectateur ! Comment oublier l’image de ces corps défaits, ces corps humiliés, dans la prison d’Abou Ghraib, et le visage de cette jeune soldate américaine hilare, une cigarette à la main, rabaissant la virilité des corps nus des prisonniers. Il n’empêche que tous ces malheureux ont poussé, une fois de plus, le président Bush à essayer de se gagner “les esprits et les coeurs” du monde arabe. Mais pourquoi donc cet homme tient-il tant à réitérer sans cesse un exercice aussi grotesque ? Il a déjà déclenché sa guerre et l’a gagnée ; il ne lui reste plus qu’à faire comprendre aux vaincus qu’ils n’ont pas d’autre horizon que celui qu’il a décidé pour eux et qu’ils ne sont, en définitive, qu’un corps défait.

La terminologie éculée du colonialisme
Il est inacceptable que ces excuses deviennent elles-mêmes un événement. Tout autant inacceptables sont les allégations américaines selon lesquelles le comportement d’une “poignée de soldats” ne peut ternir la “mission civilisatrice” des Etats-Unis. Les faits qui se sont déroulés dans cette prison, à l’encontre d’Irakiens, ne font que dévoiler ce qu’était le projet américain dès l’origine - un projet lancé par une campagne de mensonges les plus effrontés, destinés à justifier la guerre ; projet que les détentions dans la prison de Guantanamo Bay avaient déjà institutionnalisé, bravant la légalité internationale, ainsi que tous les accords et conventions concernant le traitement des prisonniers en période de guerre. Ce projet a été également illustré par la négligence de toute préparation de l’après-guerre et par le laisser-faire sciemment organisé après la chute de Bagdad. C’est enfin un projet qui se poursuit tous les jours par le meurtre de civils irakiens (plus de 1 000 durant le mois d’avril), par des comportements purement arbitraires et par bien d’autres crimes commis qui n’ont suscité ni un intérêt suffisant ni une couverture médiatique adéquate. De nombreux témoignages américains - certains provenant de personnes présentes sur place - indiquent tout d’abord que cette affaire ne concerne pas qu’une poignée de soldats, ensuite que les exécutants avaient reçu des ordres clairs, leur demandant de “préparer” les détenus à un interrogatoire et, enfin, que des instances de haut niveau étaient intervenues pour donner des instructions précises sur la manière de torturer. En fait, la politique américaine est coincée dans ses contradictions. A l’intérieur des Etats-Unis, elle est contrainte de mobiliser les citoyens contre des ennemis qui lui veulent du mal ; à l’extérieur, elle est obligée de se faire le héraut de la démocratie et de veiller à ce que l’on comprenne qu’il lui faut nécessairement appliquer à ses ennemis un “traitement” qui leur permette de passer de leur condition antérieure [retardée] à une nouvelle situation ! C’est une sorte de condescendance colonialiste qui explique toutes les justifications que le gouvernement américain a dû avancer, après la guerre en Irak, puisque “libérer” les Irakiens (au lieu qu’ils le fassent eux-mêmes) ne pouvait confirmer les Américains dans leur sentiment de supériorité, ni les satisfaire, tant que cette supériorité n’était pas reconnue par au moins quelques-uns de ceux qu’ils prétendent libérer. On peut déceler ce sentiment de supériorité dans certaines attitudes des Américains qui accompagnent leur réprobation [des agissements de leurs militaires envers les prisonniers irakiens] par des explications qui insistent sur “la honte des Arabes à se dénuder”, font allusion au fait que cela “est tellement contraire à la culture et aux moeurs des citoyens du pays” et soulignent l’horreur des Irakiens à voir “une femme soldat ridiculiser des hommes nus”. Toutes ces insinuations et bien d’autres reprennent à leur compte la terminologie éculée d’un colonialisme que l’on croyait enterré, concernant la “simplicité des habitants des territoires conquis”, “leur caractère primitif”, leurs “moeurs naturelles” et leur incapacité, en raison de leur arriération, à admettre les raisons qui poussent les camps de nudistes à se déplacer des bords de l’Atlantique aux rives des fleuves mésopotamiens. N’est-ce pas le même sentiment de supériorité colonialiste qui fait dire à Colin Powell et à Condoleezza Rice, au cours de leurs allocutions, que leur président n’a fait à Ariel Sharon - lors de son passage à Washington, pour faire cautionner son plan de retrait de Gaza - aucune “concession d’importance”, alors qu’il est évident que George Bush refuse, en contrepartie, d’accorder à n’importe quel chef d’Etat arabe la moindre “concession, même sans importance” ! Ce genre de discours lénifiant qui se veut conciliant ne peut fonctionner qu’à l’adresse d’enfants crédules, mais il est en tout cas la preuve d’un mépris extrême envers ceux qui ont “un esprit et du coeur”, et que l’on cherche à récupérer à tout prix !

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