Exclusif : la Minusma alerte sur une situation intenable au Mali

France 24 a obtenu en exclusivité le dernier rapport de la Minusma, qui sera soumis le 13 juin prochain au Conseil de sécurité de l'ONU, ainsi qu'une lettre déjà transmise au président de cette instance onusienne. Ce document fait état de la dégradation de la situation politique et sécuritaire au Mali et appelle les forces étatiques à la coopération, à l'aune du départ des troupes françaises de la force Barkhane du pays. Les explications de notre chroniqueur Wassim Nasr.

Dans son dernier rapport trimestriel, consulté en exclusivité par Wassim Nasr, journaliste spécialiste des mouvements jihadistes à France 24, la Minusma demande le renouvellement de son mandat au Mali pour au moins une année supplémentaire. La mission onusienne réclame également plus d'effectifs au sol pour combler le vide laissé par le départ de la force Barkhane sur le territoire malien et pour lutter contre la détérioration de la situation sécuritaire dans le pays.

À l'heure actuelle, la Minusma compte, au Mali, 12 261 militaires, 1 718 policiers et plus de 1 833 civils originaires de plus de 60 pays opérationnels sur le territoire.

Le rapport signale que la Minusma est toujours opérante dans des zones considérées comme très dangereuses, comme à Kidal, dans le nord-est du Mali, où elle a perdu un militaire de ses contingents jordaniens dans une attaque le 1er juin.

Obstructions des autorités maliennes

Le rapport de la Minusma dénonce par ailleurs des obstructions opérées par les autorités maliennes à la mission de l'ONU. Il décrit dans le détail comment la zone d'exclusion aérienne malienne a empêché la Minusma de faire voler ses appareils, ou encore, comment le pouvoir malien a entravé l'enquête qu'a voulue mener la mission à Moura et dans d'autres régions du centre du Mali.

Selon le rapport, l'État malien ne contrôle plus que 15 % de son territoire -10 % du nord et 21 % du centre - des chiffres jugés alarmants selon Wassim Nasr.

Une lettre qui accompagne le rapport

Le rapport sera accompagné d'une lettre datant du 1er juin et déjà soumise au président du Conseil de sécurité, qui détaille ces obstructions supposées qu'ont subies les forces de la Minusma au Mali.

L'incident du 22 mars dernier où une frappe d'hélicoptère malien a ciblé le contingent britannique de la Minusma dans la région de Tessit y est notamment cité en exemple, relate Wassim Nasr.

"Le départ des troupes françaises de l'opération Barkhane aura un effet direct sur une montée en puissance des mouvements jihadistes", explique Wassim Nasr, mettant en exergue un passage de la lettre qui alerte "sur le danger grandissant des engins explosifs improvisés et des enquêtes qui sont entravées par le pouvoir malien".

Montée en puissance des mouvements jihadistes

"La Minusma insiste sur sa volonté de coordination et de coopération avec les forces maliennes surtout à l'aune du départ des troupes françaises", note Wassim Nasr.

Le retrait des troupes françaises au Mali a eu pour conséquence une forte montée de l'activité des groupes jihadistes sur la zone des trois frontières et une multiplication des exactions, poursuit Wassim Nasr. En l'absence de couverture aérienne des forces françaises et des forces maliennes, les groupes jihadistes bénéficient d'un rayon d'action beaucoup plus large dans la région du Ménaka notamment.

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