Exactions russes en Ukraine: témoignage d'un habitant d'Izioum, torturé par les forces russes

Après la découverte de centaines de corps dans des fosses près de la ville d'Izioum, dans l'Est ukrainien, plusieurs habitants ont fait état de tortures perpétrées par les forces russes durant l'occupation. L'un d'eux a accepté de raconter son calvaire.

Le voile se lève chaque jour un peu plus sur les conditions de vie sous occupation russe dans cette ville de 45 000 habitants où 450 corps ont été retrouvés enterrés dans une forêt jeudi 15 septembre.

Battu pendant 12 jours

D’après plusieurs témoignages, des habitants de la ville suspectés d’être des espions ukrainiens ont également été torturés par les occupants russes. L'un d'entre eux Mykhailo Chindey - ce retraité de 67 ans a été arrêté après que les forces de Kyiv ont bombardé une école près de chez lui, tuant et blessant "de nombreux" soldats d'occupation.

"Ils m'ont mis un sac sur la tête et m'ont emmené quelque part", raconte Mykhailo Chindey. "Quand j'ai pu à nouveau regarder autour de moi, j'ai reconnu l'endroit : c'était le poste de police d'Izium."

Pendant 12 jours, il est détenu dans une petite cellule du sous-sol avec d'autres voisins, régulièrement battu.

"Une personne me tenait la main et une autre me frappait le bras avec un bâton de métal. Ils me battaient deux heures presque tous les jours. Une personne me tenait la main, et une autre me frappait le bras avec un bâton de métal. Ils me battaient deux heures presque tous les jours. (...) Il y avait des tabassages partout, dans notre cellule, dans celle à côté de la nôtre. Une femme dans la cellule à côté de la nôtre criait très fort." se souvient-il.

Pendant ses interrogatoires, ses geôliers lui posent des question sur famille, et notamment son frère, qui combat avec les forces ukrainiennes. Ils le soupçonnent d'avoir fourni les coordonnées des frappes à l'ennemi.

Une personne me tenait la main et une autre me frappait le bras avec un bâton de métal. Ils me battaient deux heures presque tous les jours. Une personne me tenait la main, et une autre me frappait le bras avec un bâton de métal. Ils me battaient deux heures presque tous les jours.

Comme d’autres personnes dans sa cellule, Mykhailo Chindey marquait d’un trait sur le mur ses jours de captivité. Le 8 septembre dernier, alors que les troupes ukrainiennes ne sont plus qu’à quelques kilomètres, les Russes libèrent à la hâte les prisonniers… Le retraité est alors emmené à l’hôpital pour des opérations du bras et de la jambe… mais d’autres n’en sont pas sortis vivants.

Chambres de torture

L'expérience de Mykhailo Chindey n'est que l'une des nombreuses histoires de torture et de détention arbitraire par les troupes russes, qui ont émergé récemment dans les villes libérées récemment dans l'Est de l'Ukraine.

Le chef de la police nationale ukrainienne a déclaré vendredi que plus de 10 "chambres de torture" avaient été découvertes dans les parties autrefois contrôlées par la Russie dans la région du nord-est de Kharkiv. Le président Volodymyr Zelensky a dénoncé les forces du Kremlin comme des "meurtriers" et des "tortionnaires".

Les enquêteurs sont arrivés à Izioum dimanche soir. Ils doivent rester sur place pendant 4 ou 5 jours, pour enregistrer les témoignages, relever les empreintes digitales et comparer les données. Des équipes internationales doivent également prendre part aux investigations.