Un ex-membre de Wagner sur l'invasion russe en Ukraine: "Mentalement, la guerre est déjà perdue"

Marat Gabidullin, ancien mercenaire du groupe paramilitaire russe Wagner, auteur de “Moi, Marat, ex-commandant de l'armée Wagner” - BFMTV
Marat Gabidullin, ancien mercenaire du groupe paramilitaire russe Wagner, auteur de “Moi, Marat, ex-commandant de l'armée Wagner” - BFMTV

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Marat Gabidullin est le premier et à ce jour le seul ancien mercenaire de Wagner à parler à visage découvert. Wagner, du nom de cette compagnie militaire privée russe créé en 2014, et soupçonnée d'être présente jadis en Syrie et aujourd'hui en Afrique et Ukraine. Selon le Times, ils sont 400 mercenaires à avoir été déployés à Kiev sous les ordres du Kremlin pour renverser le gouvernement ukrainien.

Invité de BFMTV ce jeudi, l'ancien mercenaire confirme la présence de ses ex-compagnons en Ukraine, "essentiellement pour soutenir les milices des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk", dans l'est du pays.

Pour sa part il se souvient de ce qu'il a vu sur le terrain en Ukraine en 2015 dans le Donbass, à l'occasion de sa première mission au sein de Wagner. "Notre principale mission était de maintenir l'ordre au sein de la République populaire de Lougansk, et de mener des missions de reconnaissance du côté ukrainien". Mais l'homme l'assure:

"Ce qu'il se passait sur le terrain était le contraire de la propagande russe".

Il claque la porte en 2019

Marat Gabidullin a intégré la milice paramilitaire à l'été 2015. De son histoire, il a tiré un livre, Moi, Marat, ex-commandant de l'armée Wagner. Après une condamnation à trois ans de prison pour meurtre, il se retrouve à 48 ans dans l'impossibilité de servir dans l'armée russe. C'est alors qu'il entend parler de Wagner. Le groupe est bien moins regardant sur le passé de ceux qui composent ses troupes.

Après le Donbass en 2015, il est ensuite envoyé en Syrie, où Marat participe à la libération de la ville de Palmyre en mars 2016 où il se blesse. C'est à ce moment qu'il se rend compte du décalage entre les objectifs annoncés et ses missions sur le terrain.

"Plus le temps passait, plus je prenais conscience à quel point j'étais en désaccord", assure-t-il. "J'ai compris que le mercenaire aujourd'hui peut combattre du côté du bien, mais demain on peut envoyer le mercenaire du côté du mal, comme par exemple ce qu'il se passe aujourd'hui en Ukraine."

Il quitte les rangs du groupe ultra-secret en 2019 quand il comprend qu'il est considéré comme de la chair à canon. Les mercenaires de Wagner permettent en effet au Kremlin de mobiliser beaucoup d'hommes, sans jamais les compter dans les statistiques officielles lorsqu'ils meurent.

"Faire la guerre avec l'Ukraine est une erreur"

Interrogé sur l'évolution du conflit entre la Russie et l'Ukraine et la possible usure d'une partie des troupes russes, l'ancien mercenaire du groupe Wagner s'est dit pessimiste pour Moscou. Il estime que "mentalement et psychologiquement, (la guerre) est déjà perdue (pour Moscou), mais (les Russes) ne vont jamais l'accepter". Et d'ajouter:

"Dès le début, j'ai pensé que faire la guerre avec l'Ukraine c'est une erreur tragique qui est un crime contre l'Ukraine, mais aussi contre le peuple russe."

Article original publié sur BFMTV.com

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