Une ex-joueuse de hockey pakistanaise naufragée en Italie en voulant soigner son fils

Shahida Raza, ancienne star pakistanaise de hockey sur gazon, espérant trouver en Europe un traitement pour son fils handicapé, a disparu comme des dizaines de migrants dans le naufrage d'une embarcation au large de l'Italie il y a une semaine, raconte à l'AFP sa famille.

"Shahida était constamment en contact avec la famille et je lui ai même parlé à 6h30 du matin dimanche, environ une heure avant le drame", a témoigné jeudi auprès de l'AFP la sœur aînée de l'ex-championne de hockey, Sadia Raza.

"Elle m'a dit qu'elle allait bien et qu'elle était sur un bateau", a ajouté Sadia Raza depuis le domicile familial situé dans la ville de Quetta au sud-ouest du Pakistan.

Dimanche, Shahida est montée à bord de l'embarcation de bois transportant quelque 180 passagers. Surchargé le bateau a fait naufrage au sud de l'Italie, dans des eaux glaciales, non loin du rivage. Au moins 67 personnes sont décédées dans cet accident parmi les plus meurtriers survenus en Méditerranée centrale, une des routes migratoires les plus dangereuses au monde.

Par l'intermédiaire d'une connaissance qui vit en Italie, le corps de la jeune femme a été identifié à l'aide de photographies et d'un pendentif qu'elle portait toujours autour de son cou, a déclaré sa famille.

Toutefois, les autorités pakistanaises et italiennes n'ont pas encore annoncé officiellement sa mort, ni la date à laquelle son corps serait rapatrié.

"Chaque jour qui passe, toute la famille, en particulier notre vieille mère, est dans l'angoisse", confie Sadia en passant la main sur les dizaines de médailles, trophées et photos d'équipe qui ornent une armoire de la maison familiale.

- Minorité marginalisée -

L'athlète a commencé à jouer au hockey en 2003 et arrêté sa carrière professionnelle en 2019 pour se tourner vers une carrière d'entraîneur.

Pour une femme, faire du sport au Pakistan, pays profondément conservateur, reste inhabituel et est souvent condamné par les familles. Mais la joueuse a trouvé du réconfort dans le hockey, loin des problèmes auxquels est confrontée sa communauté marginalisée, les Hazara.

Cette minorité ethnique musulmane, principalement chiite, a été victime d'attaques fréquentes, notamment d'attentats-suicides, de la part de militants islamistes sunnites, en particulier à Quetta.

"Cheville ouvrière" de l'équipe féminine pakistanaise en 2012 et 2013, Shahida Raza cherchais depuis plusieurs années désespérément de l'argent et un traitement pour sauver son fils de trois ans paralysé en raison d'une maladie.

Ses options au Pakistan étant épuisées, l'ex-championne internationale a laissé son enfant à la maison et s'est rendue légalement en Turquie l'année dernière, a expliqué sa famille à l'AFP.

La jeune femme avait demandé une aide financière au gouvernement et à la fédération sportive pakistanaise, et s'était rendue dans les meilleurs hôpitaux du pays, mais les médecins lui ont dit qu'aucun traitement n'était disponible au Pakistan.

- Soigner son fils -

"Après cela, Shahida était déterminée à étudier les possibilités dans les pays européens pour faire soigner son fils", a indiqué son amie et collègue hockeyeuse Sumiya, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

"Elle a commencé à vivre pour son fils unique dans le but de le faire soigner et dans cette mission, elle a perdu la vie".

"Shahida était une personne au grand cœur, bavarde, joviale et toujours souriante", relate Sumiya.

"Mais les tragédies de sa vie personnelle, la maladie de son fils, son divorce et le chômage l'ont changée. Elle est devenue silencieuse et aimait être seule".

Selon un responsable du groupe de travail sur le trafic d'êtres humains de l'Agence fédérale d'investigation du Pakistan interrogé par l'AFP, 40.000 personnes tentent d'entrer illégalement en Europe chaque année.

Le Pakistan est en effet en proie à une importante récession économique, avec une inflation galopante et de nombreuses fermetures d'usines.

L'Europe compte environ 2,2 millions de Pakistanais. L'Italie est la destination préférée des migrants originaires de ce pays d'Asie du Sud, selon une enquête réalisée en 2022 par le Centre de migrations mixtes.

La plupart ont recours à des passeurs pour transiter par l'Iran, la Turquie et la Grèce, selon le rapport.

Trois "passeurs présumés" ont été arrêtés par la police italienne à la suite du naufrage de dimanche, dont deux Pakistanais et un ressortissant turc.

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