Evolution : en 4500 ans, l'humain s'est renforcé contre les infections, en échange d'une sensibilité accrue aux maladies auto-immunes

CHRISTOPH BURGSTEDT / SCIENCE PHOT / CBR / Science Photo Library via AFP

Poussé par des conditions favorisant les infections, notre système immunitaire a dû s'adapter ces 4500 dernières années en Europe. Devenu plus résistant aux infections, il a en contrepartie favorisé la survenue de maladies auto-immunes, conclut une étude française de paléogénomique.

Le beurre et l'argent du beurre, en immunité non plus ce n'est apparemment pas possible, conclut une étude française dans la revue Cell Genomics. Sur la base de l'analyse de 10.000 ans d'évolution du génome humain en Europe, elle conclut à la sélection de gènes particulièrement protecteurs face aux maladies infectieuses. Revers de la médaille, ces mêmes gènes sont impliqués dans l'augmentation du risque de maladies auto-immunes et inflammatoires.

89 gènes porteurs de mutations avantageuses face aux infections

"Il y a eu un prix à payer" pour acquérir des mutations protectrices des maladies infectieuses, affirme le généticien Lluis Quintana-Murci, professeur à l'Institut Pasteur et au Collège de France et qui a dirigé ces nouveaux travaux. Sur 2879 génomes européens datant d'il y a 10.000 ans jusqu'à nos jours, les chercheurs ont repéré 89 gènes porteurs de mutations avantageuses. Ils ont pour cela utilisé un modèle démographique développé pour l'étude et tenant compte de tous les flux migratoires connus en Europe. "Ce modèle nous a permis de dater à la fois l'apparition de la mutation et l'événement de sélection qui l'a conduit à se répandre", précise Lluis Quintana-Murci. Il cite pour exemple un gène qui augmente le risque de développer la tuberculose et présent depuis 30.000 ans dans la population européenne. Mais ce n'est qu'il y a 2000 ans, au moment de l'apparition de la maladie, qu'il s'est raréfié en causant plus de morts chez ses porteurs, explique le généticien. "Cette mutation trainait parce qu'il n'y avait pas ou peu de tuberculose, jusqu'à ce que la maladie devienne un vrai fardeau."

Des gènes qui renforcent l'immunité innée face aux infections

Les 89 gènes porteurs de mutations avantageuses identifiés par les chercheurs sont impliqués dans l'immunité, rapporte Lluis Quintana-Murci, surpris par ce résultat. Et plus précisément dans l'immunité innée, la première ligne de défense de l'organisme. "On a trouvé des gènes comme les OAS, impliqués dans notre ca[...]

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