Euthanasie: Véran "pas convaincu qu'il faille ouvrir ce débat aujourd'hui", mais le juge nécessaire

Jules Pecnard avec AFP
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Le ministre de la Santé Olivier Véran à l'Assemblée nationale, le 3 novembre 2020 à Paris - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP
Le ministre de la Santé Olivier Véran à l'Assemblée nationale, le 3 novembre 2020 à Paris - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP

C'est une séance empreinte d'une certaine émotion qui a débuté ce jeudi après-midi à l'Assemblée nationale. Plein à craquer, son hémicycle a entamé l'examen d'une proposition de loi sur la fin de vie, défendue par le groupe Libertés et Territoires dans le cadre de sa niche parlementaire. N'ayant aucune chance d'être adoptée en raison des milliers d'amendements déposés par des députés Les Républicains, elle confronte néanmoins la macronie à des contradictions d'ordre politique.

Présent au banc du gouvernement, Olivier Véran a bien illustré ce phénomène, qui voit l'exécutif s'opposer au texte alors qu'une grande partie de sa majorité y est favorable.

Le ministre de la Santé s'est dit "pas convaincu qu'il faille ouvrir aujourd'hui ce débat d'envergure" sur l'euthanasie. "Je pose la question, car depuis plus d'un an, la mort est omniprésente dans le quotidien des Français", avec la pandémie du Covid-19, a-t-il insisté.

"Il faut un débat serein"

Autrement dit, le blocage découle du timing et de l'opportunité, discutable aux yeux de certains marcheurs, de débattre d'un sujet aussi grave à l'occasion d'une niche.

"Le débat mérite d'avoir lieu, ça ne fait aucun doute", mais "il faut un débat serein", sur un sujet aussi "sensible", a appuyé Olivier Véran. Cela "nécessite le temps d'un débat parlementaire et je crois d'un débat national aussi", "impliquant les soignants, les associations et les corps intermédiaires", a-t-il estimé, en soulignant la diversité des "sensibilités" sur le sujet.

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Le ministre a par ailleurs indiqué lancer "dans les jours qui viennent une nouvelle mission sur l'application réelle" de la loi Claeys-Leonetti, afin de déterminer les "freins" à sa mise en œuvre. Ce texte de 2016 prévoit une sédation profonde et continue pouvant aller jusqu'à la mort, mais sans euthanasie active.

Selon le ministre, "l'état des connaissances sur l'application de cette loi est bien trop faible" et il faut d'abord "accélérer le cadre" juridique existant, avec le "plan national de développement des soins palliatifs", déjà annoncé.

Ambiance survoltée

Les discussions ont démarré dans une ambiance survoltée, avec une longue ovation pour l'auteur de la proposition de loi, l'ancien socialiste Olivier Falorni.

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Le député de la Charente-Maritime, membre du groupe d'opposition Libertés et Territoires, s'est présenté à la tribune derrière la liasse des milliers d'amendements déposés par les élus LR hostiles à l'euthanasie. Il a fustigé un débat "empêché" par cette obstruction, principalement le fait des députés Marc Le Fur, Patrick Hetzel, Julien Ravier, Xavier Breton et Frédéric Reiss.

"Ces feuilles n'ont qu'un but, empêcher l'Assemblée nationale de voter souverainement. Voilà l'image que vous donnez", a lancé Olivier Falorni à la droite.

"Ultime liberté"

À l'instar de toutes les familles politiques, les divisions internes à LR sur la question de la fin de vie se sont manifestées dans l'hémicycle. Certains d'entre eux ont applaudi l'ex-socialiste, parfois debout. Parmi les LR favorables, il y a des figures de proue de l'aile libérale du parti, telles que Eric Woerth.

"Les Français nous attendent, car ils sont une immense majorité à être favorables au droit à l'euthanasie. Il est temps, notre pays attend depuis si longtemps, nos concitoyens veulent obtenir cette ultime liberté" d'avoir "le droit de pouvoir éteindre en paix la lumière de notre existence", a plaidé Olivier Falorni.

Son texte permettrait le possible recours à une "assistance médicalisée active à mourir" pour toute personne "capable et majeure, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable", ne pouvant être "apaisée" ou jugée par elle "insupportable". Si la manœuvre de LR fera immanquablement échouer cette proposition de loi, LaREM et ses alliés risquent bien de devoir trancher d'ici la présidentielle sur la nécessité ou non de légiférer sur la fin de vie durant un éventuel second quinquennat d'Emmanuel Macron. Lequel ne s'est pas encore exprimé sur le sujet.

Article original publié sur BFMTV.com