Publicité

Européennes: le PS met temporairement ses désaccords de côté

Raphaël Glucksmann, tête de liste aux européennes pour le PS et Place publique, lors d'un meeting à Tournefeuille, le 24 mars 2024 en Haute-Garonne (Valentine CHAPUIS)
Raphaël Glucksmann, tête de liste aux européennes pour le PS et Place publique, lors d'un meeting à Tournefeuille, le 24 mars 2024 en Haute-Garonne (Valentine CHAPUIS)

Le PS tente de faire taire ses dissensions internes le temps de la campagne des européennes autour de son candidat Raphaël Glucksmann, en meeting mercredi à Rouen avec le patron des socialistes Olivier Faure et son principal opposant Nicolas Mayer-Rossignol.

Les trois hommes, tout sourire, se sont retrouvés ensemble sur la scène d'une petite salle de Sotteville-les-Rouen. "On a plaisir à faire campagne ensemble", a affirmé Raphaël Glucksmann à la presse.

S'il n'appartient pas au PS, le leader de Place publique a réussi à rassembler autour de lui toutes les composantes du parti, jusque-là divisées.

Malgré un score de 6,19% il y a 5 ans, l'essayiste de 44 ans est désormais incontournable pour les socialistes, qui voient en lui leur meilleure chance de finir en tête de la gauche lors du scrutin du 9 juin. Il est aujourd'hui crédité de 11 à 13% des intentions de vote.

De quoi inciter tout le monde à calmer les dissensions. Au moins temporairement.

Le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, qui a disputé à Olivier Faure la tête du PS, lors d'un congrès tendu à Marseille début 2023, notamment sur la stratégie d'alliance avec LFI, l'a reconnu devant la presse: "oui on s'est affronté, mais nous sommes dans la même famille politique".

Devant quelque 500 militants, il a cité Aragon: "Quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat, fou qui songe à ses querelles, au coeur du commun combat", disant vouloir "chasser le spectre de la division" et de "la résignation".

"On a parfois de vrais différends, soldés par des votes, mais ça n'a pas empêché Mitterrand, Rocard, Fabius ou Chevènement de faire chemin ensemble", a ajouté Olivier Faure devant les journalistes, rappelant que leur objectif commun était de "ramener la gauche au pouvoir", face à "un obstacle de taille, l'extrême droite".

Devant les militants il s'est dit "fier des combats menés depuis 5 ans par Raphaël Glucksmann".

Sur cette terre normande "industrielle et populaire", ce dernier a défendu un projet de réindustrialisation et de transition écologique et énergétique, appelant à "reprendre le drapeau européen des mains d'Emmanuel Macron".

Dans la salle, Jean-Pierre Moulin, adhérent et retraité de 71 ans, a salué ce meeting, "la meilleure chose qui pouvait arriver". "L'important c'est de se rassembler pour les élections, il faut faire abstraction de nos divergences".

L'eurodéputé Christophe Clergeau sent, lui, "un esprit de responsabilité".

Tous les courants du parti, présents sur la liste, ont d'ailleurs intérêt à avoir des eurodéputés et donc à la soutenir.

Lors du premier grand meeting à Toulouse, Carole Delga, présidente de l'Occitanie, et opposée à l'alliance de gauche Nupes avec LFI, avait jugé "normal que l'on se retrouve, autour d'une ligne qui est celle de Raphaël Glucksmann et la mienne".

- "Parenthèse électorale" -

Car l'eurodéputé a des divergences assumées avec le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, sur l'Europe, l'Ukraine ou la Chine, même s'il avait appelé à voter pour la Nupes.

"Certains qui étaient pour la Nupes, si c'était à refaire, ils ne le referaient plus", a estimé Mme Delga.

Une manière de souligner qu'Olivier Faure lui-même a décrété un "moratoire", après le refus de Jean-Luc Mélenchon de qualifier le Hamas de "terroriste".

"Faure a choisi quelqu'un comme tête de liste qui n'est pas sur la ligne pour laquelle il s'est battu pendant le congrès", remarque un parlementaire, qui s'interroge: "Est-ce que c'est une parenthèse électorale?".

Les divergences stratégiques demeurent pour l'après européennes, alors qu'un congrès est prévu fin 2024 ou début 2025.

Le camp Faure défend une candidature d'union de la gauche, y compris avec LFI, pour la présidentielle.

"Il y aura un rééquilibrage à gauche, on ne sera plus dans un rapport de 1,7 à 22" (les scores d'Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon en 2022), souligne l'entourage d'Olivier Faure, "mais le PS ne va pas redevenir hégémonique. On cherche un partenariat pour créer les conditions d'une candidature unique".

Une option que refuse le camp minoritaire: "Un candidat commun de toute la gauche, je n'y crois pas. Je souhaite un candidat socialiste", affirme un proche du clan Delga/Mayer-Rossignol.

"Ce serait une erreur terrible de dire +on est le centre de gravité+", rétorque un député, inquiet de revivre la campagne d'Anne Hidalgo et ses 1,7%.

caz/hr/cbn