Européennes: la participation en très légère hausse à midi

Dans un bureau de vote à Nouméa, pour les élections européennes, le 9 juin 2024 (Theo Rouby)
Dans un bureau de vote à Nouméa, pour les élections européennes, le 9 juin 2024 (Theo Rouby)

En très légère hausse par rapport à 2019, la participation aux élections européennes s'élevait à 19,81% dimanche à midi, en métropole, pour ce scrutin qui pourrait entraîner une nette recomposition du paysage politique en Europe et en France, avec un Rassemblement national (RN) largement favori face au camp d'Emmanuel Macron.

En 2019, pour la première fois depuis 25 ans, les Français s'étaient remobilisés: le pourcentage de votants au scrutin européen avait atteint 50,12% pour la France entière (+8 points par rapport à 2014). Ce sursaut s'était également reflété au niveau européen.

Dimanche, à Toulouse, Martine Dorian, électrice de 76 ans, a jugé "essentiel de voter" car "si demain il n'y a plus d'Europe, il n'y a plus de France".

A Lyon, Solange Gacogne, 82 ans, a "dit à (ses) enfants et petits-enfants qu'ils fallait tous qu'ils se remuent". "Ceux qui ne votent pas n'ont rien à dire", a commenté Albert Coulaudon, 83 ans, dans le village de Chapdes-Beaufort (Puy-de-Dôme).

Dans les territoires d'Outre-mer, qui ont commencé à se rendre aux urnes pour certains dès samedi, la participation est toutefois en légère baisse par rapport à 2019, d’après les premiers chiffres officiels.

Ainsi à La Réunion, les autorités recensaient 10,29% de votants à 12H00 heures locales (10H00 à Paris), contre 13,43% en 2019. "C'est dommage que les gens boudent les urnes comme ça", a regretté Kevin Moutoussamy, 22 ans

En Nouvelle-Calédonie, la majorité des bureaux de vote ont ouvert, mais le scrutin s'est déroulé sous haute sécurité après les récentes émeutes et alors qu’autour de Nouméa des barrages perturbaient toujours la circulation. Les européennes, "ici ce n’est pas le souci majeur, on n'est pas concernés", a estimé Gaëtan Kohueinui, rencontré sur un barrage indépendantiste.

- Vote des têtes de liste -

La plupart des têtes de liste ont voté avant midi, comme Jordan Bardella (RN) à Garches dans les Hauts-de-Seine, l'écologiste Marie Toussaint à Bordeaux, François Xavier-Bellamy (LR) à Versailles, la macroniste Valérie Hayer à Laval ou encore Raphaël Glucksmann (PS-Place publique) à Paris.

Marine Le Pen a voté dans son fief d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et le Premier ministre Gabriel Attal à Vanves (Hauts-de Seine). Emmanuel Macron doit voter à la mi-journée au Touquet.

Plusieurs voix au sein de La France insoumise (LFI) s’inquiétaient d’éventuelles irrégularités. "Soyez vigilants, alertez-nous de tous les dysfonctionnements", a écrit sur X le coordinateur du mouvement Manuel Bompard. Sollicité, le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité faire de commentaires, à ce stade.

Les instituts de sondage communiqueront leurs premières estimations de résultats à 20H00 (en métropole) à la fermeture des derniers bureaux des grandes villes.

Sur pas moins de 38 listes, au mieux sept d'entre elles semblent susceptibles de franchir le seuil de 5% requis pour obtenir des eurodéputés.

Plus de 49 millions de Français sont appelés à élire leurs 81 eurodéputés pour les cinq années à venir.

Dans tous les scénarios, la victoire semble promise à la liste RN de Jordan Bardella qui caracole en tête des sondages depuis des mois et pourrait augmenter de près de dix points son score déjà haut de 2019 (23,34%).

L'ensemble des listes d'extrême droite pourraient frôler les 40% et s'imposer dans des électorats jusque-là rétifs, retraités ou cadres.

Surfant sur sa popularité à coups de selfies et de vidéos sur les réseaux sociaux, Jordan Bardella a fait du scrutin un "référendum anti-Macron", sans être pénalisé par la guerre en Ukraine ou le débat un peu laborieux face à Gabriel Attal.

- La majorité sur la défensive -

En face, la majorité a tenté de démonter ce qu'elle appelle le "Frexit caché" du RN.

Mais la liste menée par Valérie Hayer, eurodéputée sortante peu connue, a peiné à mobiliser l'électorat pro-européen d'Emmanuel Macron.

Ceci en dépit des interventions multiples du chef de l'Etat, depuis son discours de la Sorbonne sur l'avenir de l'Europe jusqu'à son interview télévisée le soir des commémorations du Débarquement, jeudi, dénoncé par les oppositions.

Dissolution, remaniement, coalition avec les Républicains... Jusqu'à présent, le chef de l'Etat a semblé écarter toute conséquence "nationale" de ce scrutin "européen" et pourrait renvoyer tout cela à l'automne après les Jeux olympiques.

En attendant, il passera la soirée électorale à l'Elysée, entouré de conseillers. Il n'est pas exclu qu'il réunisse aussi les chefs du camp présidentiel.

Donnée autour de 15%, la liste de la majorité est même sous la menace de celle du PS-Place publique, qui devrait enregistrer une nette progression par rapport à 2019.

- Ambiance tendue à gauche -

L'avance de cette liste sur celle de LFI sera scrutée de près. Manon Aubry a, pendant la campagne, accusé Raphaël Glucksmann de "trahir" l'alliance de gauche Nupes signée en 2022 et qui a explosé à l'automne dernier.

Jean-Luc Mélenchon compte sur une dynamique favorable en cette fin de campagne, marquée par des coups d'éclat à l'Assemblée sur le soutien à Gaza pour tenter de mobiliser un électorat jeune et aller au-delà des enquêtes les plaçant autour de 8,5% (contre 6,31% en 2019).

Les écologistes pourraient faire les frais de cette "guerre des gauches". Donnée autour de 5%-6%, Marie Toussaint espère que les sondages les auront sous-estimés, comme en 2019 où Yannick Jadot s'était envolé à 13,48%. Le Parti communiste, mené par Léon Deffontaines, aura toutes les difficultés à atteindre les 5%.    

A droite, en dépit de quelques coups d'éclat, François-Xavier Bellamy aura du mal à dépasser les 8,48% de 2019, qui avaient ouvert une crise au sein du parti.

bur-sde/gbh/er