Européennes: la gauche faible et divisée à la recherche de ses électeurs

Stéphanie LEROUGE
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Des panneaux électoraux - en tête, l'affiche de La France insoumise - dans une rue de Paris, le 15 mai 2019

Paris (AFP) - La gauche, grande perdante des européennes ? A huit jours du scrutin, elle apparaît plus faible et divisée que jamais, ne totalisant selon les sondages pas plus de 30% des intentions de vote, et ne voyant aucun leader s'imposer.

Plus encore que le reste de l'échiquier politique, la gauche risque de souffrir d'une abstention qui s'annonce record: dans une enquête Ipsos publiée fin avril, seuls 43% des électeurs de gauche étaient certains d'aller voter, contre 51% de ceux de droite. EELV enregistrait le chiffre le plus bas (38%), cinq points de moins que le PS et LFI.

Avec pas moins de six listes en présence (LFI, EELV, PS-Place Publique, PCF, Générations, LO), "il y a un vrai mécontentement de l'électorat sur l'incapacité de la gauche à s'unir", note Frédéric Dabi, de l'institut de sondage Ifop. "Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon comme ceux de Benoît Hamon sont très peu mobilisés", et aucune force n'apparaît en capacité d'"apparaître comme une alternative" à Emmanuel Macron, ajoute-t-il.

Les uns et les autres tentent de contrer cette désaffection en multipliant dans la dernière ligne droite les appels à la mobilisation. "Les banquiers, ceux qui ont plein d'argent, ils vont toujours voter", a prévenu lundi le chef de file du PCF Ian Brossat.

- LFI et EELV au coude à coude -

Depuis plusieurs semaines, la France Insoumise et EELV se disputent la première place à gauche et la quatrième de l'élection, derrière le RN, LREM et LR.

Selon les instituts de sondage, EELV oscillait ces deux dernières semaines entre 7% et 10% des intentions de vote, et la France insoumise entre 7,5 et 9,5.

Entre la liste conduite par Yannick Jadot et celle de Manon Aubry, il existe une incontestable porosité, puisque 17% des électeurs de LFI affirment qu'ils voteraient EELV s'ils ne votaient pas LFI (Enquête électorale française 2019).

De part et d'autre, fusent anathèmes et condamnations définitives pour tenter de récupérer quelques électeurs. Lundi, Jean-Luc Mélenchon a une nouvelle fois dénoncé la "droitisation" d'EELV, alors que M. Jadot a fustigé "la culture de la brutalisation du débat politique" de M. Mélenchon et de ses proches.

La liste PS-Place publique stagne entre 4 et 5,5% des intentions de vote, alors qu'il faut au moins 5% des voix pour envoyer des élus au Parlement européen.

Le risque que le PS n'ait aucun élu est donc bien réel, ce qui serait un coup de tonnerre dans la vie politique française et un échec cuisant pour le premier secrétaire, Olivier Faure.

- Hamon à la peine -

Face au danger, les ténors de la gauche montent au front pour soutenir la tête de liste Raphaël Glucksmann: après Anne Hidalgo, Chistiane Taubira et Bernard Cazeneuve, Najat Vallaud-Belkacem et Martine Aubry s'afficheront au côté de l'essayiste dimanche et mardi. Une prise de parole dans un grand média de l'ancien président de la République François Hollande est également attendue mercredi.

M. Glucksmann, lui, ne se départit pas de son optimisme, espérant être "la surprise de l'élection".

Un autre candidat entend bien surprendre: Ian Brossat, la tête de liste du PCF, qui remplit les salles, engrange les soutiens -dernier en date celui de la maire de Barcelone Ada Colau- et brille sur les plateaux de télévision. Il se fixe comme objectif de dépasser le seuil fatidique des 5%.

Benoît Hamon apparaît pour sa part en difficulté, entre 2 et 3,5% des voix -3% étant le seuil à partir duquel les frais de campagne sont remboursés. Selon son entourage, le candidat de Générations a renoncé à organiser un meeting à Paris ce week-end car les salles disponibles étaient "bien trop chères", et fera à la place un grand tour des quartiers populaires franciliens.

L'ancien candidat à la présidentielle n'exclut pas de raccrocher les gants en cas d'échec. "Si cela devait être (ma dernière bataille électorale) je n'en nourrirais pas d'amertume. Si les gens disent non à l'élection, il faut les écouter", confiait-il fin avril à l'AFP.