"Quand ils ont eu terminé, ils ont coupé la gorge des autres femmes" : le calvaire des Rohingyas violées par des militaires

Sébastien Farcis
Jeudi, la Birmanie et le Bangladesh ont trouvé un accord pour le retour "sous deux mois" des Rohingyas qui avaient fui la Birmanie vers le pays voisin, victimes d'une épuration ethnique. Ces personnes ont subi des violences et, pour une majorité de femmes, des viols. 

La Birmanie et le Bangladesh ont trouvé un accord, jeudi 23 novembre, concernant les Rohingyas. Cette minorité musulmane est victime d'un "nettoyage ethnique", selon les termes de l'ONU depuis la fin du mois d'août. Plus de 620000personnes ont ainsi quitté la Birmanie vers le Bangladesh voisin. Les deux pays se sont entendus sur un retour de ces populations déplacées "sous deux mois".

Depuis la fin du mois d'août, les Rohingyas ont subi des crimes perpétrés par l'armée birmane. Ils ont eu lieu lors des opérations menées dans le sud-ouest du pays où vit l'immense majorité des Rohingyas. D'après plusieurs ONG, les militaires utilisent, de manière quasi-systématique l'arme du viol. Franceinfo a rencontré une des victimes dans un camp de réfugiés, à Balou Khali.

Les hommes abattus, les femmes violées

Jasmine* nous accueille timidement dans son refuge précaire fait de bâtons en bambous et de bâche en plastique. Elle a le visage gracieux. Drapé dans un voile jaune, elle replie nerveusement les franges. Cette femme de 22ans vient de Tula Tuli, dans le district de Maungdaw, en Birmanie. Le 30 août, les militaires birmans prennent ce village d'assaut. Ils abattent d'abord les hommes, puis ils emmènent Jasmine et quatre autres femmes dans une maison en bois.

Ils m'ont d'abord arraché mon bébé des bras et l'ont jeté violemment contre le sol. Puis, ils nous ont violées

Jasmine*, Rohingyas de 22 ans

à franceinfo

La jeune femme en réchappe de peu : "Quand ils ont eu terminé, ils ont coupé la gorge des autres femmes et ils m'ont violemment tapé derrière la tête. Je suis tombée inconsciente. Je me suis réveillée longtemps après et la maison était en feu. C'est alors que j'ai réussi à m'échapper."

Difficile d'identifier les victimes de ces viols

Le cas de Jasmine est loin d'être unique. En effet, Human Rights Watch vient de publier <a
href="https://www.hrw.org/fr/video-photos/video/2017/11/16/birmanie-viols-de-femmes-et-de-filles-rohingyas">un rapport qui identifie des dizaines de femmes rohingyas violées en réunion par des militaires ou miliciens. Pour l'ONG, c'est une pratique systématique pour terroriser cette minorité. Beaucoup d'autres pourraient avoir souffert de la même cruauté, mais il est très difficile de trouver ces victimes dans les camps. Il y a pourtant urgence à les aider à retrouver leur équilibre psychologique.

Une telle expérience va créer d'immenses problèmes psychologiques pour la victime. Ça peut aller de la dépression légère jusqu'à la dépression lourde

Farhana Eshita, responsable d'un programme d'Action contre la faim

à franceinfo

L'association a mis en place un programme local de santé mentale, dont Farhana Eshita est la responsable et qui propose des thérapies dans les camps. "Je ne serais pas surprise qu'elle développe des psychoses, comme de la schyzophrénie ou des troubles bipolaires. Dans ce cas, elle devra prendre des médicaments pendant longtemps. Et nous voulons vraiment éviter cela." Jasmine revit sans cesse cette épisode dramatique et peine à sortir de sa tente. La première chose qu'elle demande, c'est la justice. Mais en Birmanie, l'armée dément toute forme de violence envers ces civils.

*Le prénom a été changé.

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