Etienne Klein : "Mon métier, c’est de rendre les gens fous !"

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Il est physicien, philosophe des sciences et grand vulgarisateur, notamment dans son émission sur France Culture : « La conversation scientifique ». Auteur de nombreux ouvrages, il a beaucoup écrit sur le Temps. Une question qui le taraude et dont la réponse lui échappe, évidemment, sans cesse. Au moment où sort une compilation de tous ses livres (« La physique selon Etienne Klein » éd. Flammarion), nous lui avons posé des questions autour de ce thème. De manière souvent impropre (« ce concept est devenu un mot, vide de sens »), comme il nous l’explique patiemment. Avec sa dialectique, riche et précise.  

Paris Match. Depuis Mars 2020, on a vécu deux temporalités. Le temps qui presse pour la course au vaccin. Et « en même temps », il a fallu prendre son temps. Ce qui montre bien que celui-ci a plusieurs « vitesses » ?
Etienne Klein. Pendant cette période, on a tous perdu la notion du temps. Privé du rythme de la vie ordinaire, la sensation même du temps qui passe, devient très relative. Pour sentir le temps, finalement, il faut une certaine forme d'intoxication par la hâte. Avoir des moments où on est pressé, pour sentir que le temps est là. Sans contraintes pressantes, il devient quelque chose dont on n'a pas une notion directe.

Pendant le confinement est né une expression : le monde d’après. Qu’y avez-vous entendu ?
Pendant le premier confinement, l'Histoire s’est mise en hibernation. L'humanité était synchrone avec elle-même. Où qu’on soit, on était soumis aux mêmes contraintes. En même temps. Le confinement a été bien respecté car il a été accueilli comme une forme de libération, de soulagement. On n'en pouvait plus de suivre le rythme. Et paradoxalement, c'est là qu'on s’est mis à réfléchir au monde d'après. Autrement dit, quand on sort du « présentisme », on prend le recul suffisant qui nous permet de nous poser la question : que voulons-nous « après » ? Le discours sur la fin du monde a été détrôné par l'idée d'un monde de demain. On l’imaginait nous attendre au coin de la rue. Mais ça n'a pas duré car dès le 2eme confinement, on a cessé de parler du monde d'après. On s'est rendu compte que c'était plus compliqué. Il y a eu des publications sur le monde d'après qui sont maintenant rangées sur les étagères mais il y a eu un exercice intellectuel intéressant, qu'on fait rarement. Quand on lit les historiens,(...)


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