Ethiopie: MSF suspend ses activités dans une partie du Tigré

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L'ONG Médecins sans frontières (MSF) a annoncé mercredi la suspension de ses activités dans certaines parties de la région éthiopienne en guerre du Tigré et demandé une enquête après le "meurtre brutal" de trois de ses employés fin juin.

Cette annonce, "extrêmement douloureuse" selon la directrice des opérations de MSF Teresa Sancristoval, intervient alors que le Tigré, en proie aux combats depuis plus de huit mois, est confronté à une situation humanitaire dramatique. Plusieurs centaines de milliers de personnes y vivent dans des conditions de famine, selon l'ONU.

MSF indique avoir suspendu ses activités dans les localités d'Abi Adi, Adigrat et Aksoum, dans le Tigré central et oriental. "Les équipes de MSF dans d'autres régions du Tigré continueront avec prudence à porter assistance aux personnes qui en ont un besoin urgent", a déclaré l'ONG dans un communiqué.

Elle avait annoncé le 25 juin la mort de trois de ses employés, une Espagnole et deux Ethiopiens.

"Près de deux semaines après le meurtre de nos collègues, personne n'en a revendiqué la responsabilité et les circonstances de leur décès restent floues", affirme Teresa Sancristoval dans ce communiqué.

"C'est pourquoi nous demandons une enquête immédiate des parties concernées pour établir les faits (...) et nous fournir un compte rendu détaillé de ce qu'il s'est passé et qui en est responsable", a-t-elle ajouté.

Au moins douze travailleurs humanitaires ont été tués dans la région depuis le début des combats entre l'armée éthiopienne et des forces soutenant les autorités régionales dissidentes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Après des mois de tensions, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a envoyé début novembre l'armée pour renverser le gouvernement local de cette région du nord du pays. Le prix Nobel de la paix 2019 accusait ces dirigeants d'avoir orchestré des attaques sur des bases militaires, ce que ces derniers avaient démenti.

A la suite d'une contre-offensive lancée le 18 juin, les forces pro-TPLF (Forces de Défense du Tigré, TDF) ont repris le contrôle de la capitale régionale Mekele.

Le gouvernement fédéral a alors proclamé un cessez-le-feu unilatéral. Les TDF ont depuis repris le contrôle d'une grande partie de la région.

- "Siège" -

La communauté internationale s'est indignée de la destruction la semaine dernière de deux ponts menant au Tigré, réduisant l'acheminement d'aide humanitaire dans la région. Les autorités éthiopiennes ont nié toute responsabilité et réfuté les accusations selon lesquelles elles voulaient affamer la population.

Selon l'ONU, plus de 400.000 habitants du Tigré ont "franchi le seuil de la famine" et 1,8 million de personnes supplémentaires "sont au bord de la famine".

Le commissaire européen chargé de la gestion des crises, Janez Lenarcic, a dénoncé mardi "un siège" mené par le gouvernement éthiopien.

"Il y a un embargo sur les vols vers le Tigré. L'internet et les télécommunications ont été coupés. Les équipements de télécommunications indispensables aux opérateurs humanitaires ont été confisqués", a-t-il déclaré devant le Parlement européen à Strasbourg.

"Ce n'est pas un cessez-le-feu, c'est un siège, et la famine est utilisée comme une arme de guerre", a-t-il accusé.

Le gouvernement éthiopien a affirmé mercredi avoir autorisé les vols humanitaires dans la région. Un responsable de l'ONU a déclaré à l'AFP qu'aucun n'avait décollé.

Les dirigeants tigréens ont annoncé qu'ils n'accepteraient pas de cessez-le-feu tant que les forces de l'Érythrée et de la région éthiopienne de l'Amhara, qui soutiennent l'armée éthiopienne au Tigré, ne se seraient pas retirées.

Dans une interview télévisée mardi soir, le chef du gouvernement tigréen d'avant-guerre, Debretsion Gebremichael, a déclaré que ces forces étaient toujours présentes dans la région et entravaient la distribution de l'aide humanitaire.

"L'aide humanitaire n'atteint pas les personnes nécessiteuses du Tigré, mais elle va plutôt aux forces d'invasion", a-t-il déclaré.

Dans cette interview, M. Debretsion a également appelé "la jeunesse tigréenne à poursuivre son volontariat pour rejoindre nos forces, jusqu'à ce que nous enterrions nos ennemis".

Selon les observateurs, les forces tigréennes devraient désormais diriger leurs efforts vers les zones de l'ouest et du sud de la région, dont les forces amhara se sont emparées au début du conflit.

Les Amhara estiment que le TPLF les a accaparées illégalement au début des années 1990.

rcb/sva

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