Etats-Unis: la mobilisation fait resurgir des cas de violences policières et racistes

Après la mort de George Floyd, tué par la police de Minneapolis lors d’une interpellation brutale, les violences à caractères raciste dominent à nouveau le débat aux États-Unis. Grâce aux réseaux sociaux, des affaires plus anciennes remontent à la surface tandis que de nouveaux exemples de violences policières apparaissent dans les manifestations qui agitent les villes américaines ces derniers jours.

  • L’affaire Ahmaud Arbery 

Pendant les manifestations de ces derniers jours, on a vu des pancartes avec le nom Ahmaud Arbery, un Afro-Américain tué non pas par la police mais par deux hommes blancs. Ce crime date de février dernier. Mais la mort de George Floyd a remis à nouveau les projecteurs sur cette affaire dont la justice s’est saisie très tardivement. Il a fallu attendre l’apparition d’une vidéo pour que la justice s'en empare.

Ahmaud Arbery a été tué par deux hommes, Travis McMichael et son père Gregory, alors qu’il faisait son jogging. Les deux hommes ont déclaré avoir agi en situation de légitime défense, car ils pensaient que c’était un cambrioleur. La vidéo qui a été diffusée deux mois plus tard montre qu’il s’agissait d’une véritable chasse à l’homme qui s’est terminée par un tir mortel pour le jeune Afro-Américain.

On a appris jeudi 4 juin par l’enquêteur chargé de l’affaire que l’un des accusés, Travis McMichael, a proféré des insultes racistes contre Ahmaud Arbery alors que ce dernier était déjà sur le sol. Selon l'enquêteur, la police a retrouvé de nombreux commentaires racistes dans le téléphone de Travis McMichael ainsi que sur son compte Instagram. Lui et son père Grégory, un ancien policer, sont inculpés pour meurtre. Rappelons que cela s’est passé à Brunswick, en Géorgie, un État au lourd passé ségrégationniste. La famille d’Ahmaud Arbery, elle, affirme depuis sa mort qu’il a été victime d’un crime raciste, un crime dissimulé ensuite par un système policier et judiciaire complaisant.

  • « Je ne peux pas respirer » : les derniers mots de Manuel Ellis

Cette autre affaire de violence, cette fois-ci policière, dont on a pris connaissance cette semaine, est similaire à celle de la mort de George Floyd. Manuel Ellis est mort lors de son interpellation en criant, comme George Floyd : « Je ne peux pas respirer ». Cet Afro-Américain père de deux enfants était musicien dans une église à Tacoma, dans l’État de Washington.

Les faits remontent au mois de mars. Selon un rapport d'autopsie obtenu par le New York Times, Manuel Ellis est mort de contention physique et de privation d’oxygène durant son interpellation. Le rapport précise qu’il s’agit d’un homicide. Les policiers n’ont semble-t-il pas utilisé la même méthode que lors de l’interpellation de George Floyd, c’est-à-dire mettre leur genou sur son cou. Mais l’arrestation a été si musclée que Manuel Ellis, qui souffrait de problèmes cardiaques, y a succombé, malgré une prise en charge médicale quelques minutes après avoir crié « je ne peux pas respirer ». Le gouverneur de l’État de Washington a promis « une enquête complète sur cet incident ».

  • La police dans le viseur pour des violences contre des manifestants

Que ce soient les violences policières contre les Afro-Américains, les violences raciales contre les membres de cette communauté, ou les violences policières tout court, l’ambiance est très électrique en ce moment dans le pays. C’est un cocktail très explosif où se mélangent des sentiments d’injustice historique de la part d’une minorité avec l’indignation par rapport au comportement de la police. Dans un éditorial au vitriol, le New York Times a qualifié vendredi la police de New York de « hors contrôle ».

Sur les réseaux sociaux circulent effectivement beaucoup de vidéos qui montrent des cas violences policières à l’égard des manifestants. Dernier exemple en date, un homme de 75 ans qui a été violemment poussé par des policiers à Buffalo, dans le nord de l’État de New York lors d’une manifestation. Il tombé en arrière sur la tête et a dû être transféré à l’hôpital. Ce qui est très choquant c’est de voir que les policiers, dans un premier temps, ne lui ont apporté aucun secours alors qu’il était allongé au sol et saignait à la tête. Un premier communiqué officiel affirmait que l'homme qui semblait avoir perdu connaissance, aurait "trébuché et chuté". Suite à la publication de la vidéo, filmée par un journaliste local, deux policiers responsables de cet acte ont été suspendus de leurs fonctions.

La police est dans le collimateur pour une attitude disproportionnée face aux manifestants pacifiques mais surtout à l’égard des Afro-Américains. Pour rappel : 26 % des personnes tuées par la police sont des Afro-Américains alors qu’ils ne représentent que 13 % de la population. Et c'est aussi cette disproportion et les injustices répétées que dénoncent les manifestants qui rendent hommage à George Floyd.