Etats-Unis : le phénomène des “enfants jetables”

Photo d’illustration :  JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

C’est une pratique méconnue et choquante en France mais de plus en plus courante aux Etats-Unis : la réadoption. Le principe de ce phénomène : des parents déçus par l’enfant qu’ils ont adopté peuvent… s’en séparer.

Incompatibilité d’humeur entre une famille et un enfant adopté, trop de difficultés pour l’éduquer… L’adoption n’est pas toujours un long fleuve tranquille, et certains parents baissent les bras et préfèrent se séparer de leur fils ou fille adoptive. Scandale ? Pas aux Etats-Unis, où les familles peuvent en toute légalité rendre l’enfant ou lui trouver une autre famille.

Ainsi, comme le rapporte le site Aufeminin.com, sur 10.000 enfants adoptés chaque année aux Etats-Unis, un quart est abandonné par leur famille adoptive, selon une estimation des services publics américains. Il n’existe cependant pas de décompte précis, car le phénomène est assez récent.

Des enfants deux fois moins chers

La réadoption profite également aux personnes en mal d'enfant puisqu'elle est deux fois moins cher qu'une procédure classique (5.000 euros environ). Il suffirait d'un simple acte notarié entre les deux familles pour que le transfert soit conclu sans intervention des autorités publiques.

En effet, aux États-Unis, aucune loi fédérale n'interdit cette pratique aussi appelée “rehoming”. Le processus peut donc se répéter plusieurs fois jusqu’à la majorité de l’enfant.

Petites annonces et défilés

Dans la plupart des cas, les démarches pour retrouver une famille sont très simples. Il n'est pas rare de voir des petites annonces en ligne, dans un journal ou des prospectus à ce sujet. Sur internet, des agences spécialisées dans la réadoption ont même leur propre catalogue qui recense l'ensemble des profils d’“enfants disponibles”.

Certains vont même plus comme le montre un reportage diffusé sur France 5. Une agence de Pennsylvanie font défiler les adolescents orphelins sur un tapis rouge et sous les applaudissements des adultes, comme un concours de beauté.

Si l'un d'entre eux a la chance d'avoir retenu l'attention d'une famille, il passe ensuite un entretien dans lequel il tentera une nouvelle fois de les convaincre. Après quoi, si l'enfant fait l'unanimité, il sera soumis à une période d'essai. Selon les organisateurs, ce système de présentation permet une rencontre plus détendue.

Cas d’abus sexuels

Ce qui a fait réagir l'Amérique, ce n’est pas la démarche en soi, mais les cas d'abus sexuel. En effet, aucune vérification n'est faite concernant les antécédents judiciaires des adoptants ce qui peut entraîner des dérives. 

Ainsi, il y a quelques mois, le député républicain Justin Harris, avait proposé ses jumelles de six ans à un de ses amis, professeur. Celui-ci s'est avéré être un pédophile. Suite à ce drame que raconte le Washington Post, les deux petites ont réintégré un foyer et le député qui avait confié ses enfants a été obligé de démissionner.

Encadrer cette pratique

Un homme se bat pour encadrer et limiter cette pratique : James Langevin, député du 2ème district de Rhode Island, lui-même adopté. 

Pour que le projet de loi qu'il rédige puisse être mis en place, il faudrait, selon ses estimations, 50 millions de dollars, une chose impossible dans le contexte actuel.