Esther Duflo : un cerveau qui nous échappe

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A 40 ans, elle conseillait le président Obama. Sept ans plus tard, en 2019, elle décrochait le prix Nobel d'économie. Cette tête chercheuse depuis vingt-cinq ans aux Etats-Unis.

Deux fois quarante-cinq minutes en vidéo, exclusivement des questions à propos de la pandémie, aucun propos personnel et interdiction d’évoquer son retour en France, pourtant à l’étude. À ces conditions, non négociables, Esther Duflo, la plus jeune lauréate du prix Nobel d’économie (en 2019), l’une des deux seules femmes et première Française à recevoir cette distinction, déroule son exposé, casque audio collé aux oreilles. Front plissé, sourires furtifs, elle parle vite. Paragraphe 1, point 2, chapitre suivant, documents en pièce jointe et c’est plié. On tente quelques incursions : l’amoureuse de Bach joue-t-elle toujours du violoncelle ? Non, mais sa fille l’apprend. Et l’escalade ? Moins le temps. Tennis plus commode. Fin de l’entretien. Plus tard, dans un mail, elle répétera refuser l’exercice du portrait et nous enjoindra de cesser de contacter ses amis.

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Nous sommes un monde commun, pourquoi les pays riches sont-ils si lâches ?

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Il est vrai que notre championne mondiale des sciences économiques n’est réputée ni pour sa souplesse ni pour sa coquetterie. À ce tempérament s’ajoute le calendrier épidémique, vécu par elle comme une tragédie planétaire et intime. Depuis cet hiver, elle ne sort presque plus, claquemurée dans son appartement proche de la Bastille. Abhijit Banerjee, son mari et colauréat du Nobel, souffrant d’une comorbidité, elle redoute la contagion. Mais c’est surtout le sort de l’Inde et de ses 300 000 morts du Covid qui la révolte – « Toutes nos connaissances là-bas sont malades », dit-elle –, car ce chaos implique l’effondrement d’une partie de la production mondiale de vaccins qu’assurait le géant Serum Institute of India, avec ses 70 millions de doses chaque mois. Une diminution de l’offre(...)


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