Essai du nouveau missile intercontinental russe: un outil de propagande plutôt qu'une menace

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Une image du lancement du missile Sarmat le 20 avril, diffusée par l'armée russe - AFP
Une image du lancement du missile Sarmat le 20 avril, diffusée par l'armée russe - AFP

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L'armée russe a effectué mercredi l'essai de son nouveau missile intercontinental, le RS-28 Sarmat. Un engin thermonucléaire de cinquième génération surpuissant et capable de frapper à très longue distance. Enrobé d'un discours triomphale de Vladimir Poutine, et dans le contexte d'un isolement croissant de la Russie sur fond de guerre contre l'Ukraine, ce lancement résonne comme une menace.

Pourtant, selon les observateurs et nos experts en plateau ce jeudi, la publicité autour de cette arme doit avant tout se lire comme un instrument de propagande visant à réconforter la population russe. Et non comme une mise en garde envers les ennemis de la Russie, Ukrainiens ou occidentaux.

Poutine agite les peurs

Sur le papier - et d'après les images diffusées par l'armée russe dans la foulée du tir mercredi -, la bête thermonucléaire a de quoi effrayer la planète. 200 tonnes au garrot, pourvu d'un rayon d'action évalué dans une fourchette allant de 6000 à 18.000 kilomètres, à même de transporter dix têtes nucléaires et de libérer un souffle de 100 ou 200 fois supérieure à celui qui a rasé Hiroshima, le RS-28-Sarmat s'affirme comme un missile à la puissance de feu inédite. Le surnom que lui donnent déjà les spécialistes en la matière, le "Satan-2", s'en fait l'écho.

Pire encore, selon ces analystes, il est susceptible par sa portée, sa vitesse, sa charge de rallier Moscou à Paris en six minutes et de détruire la France.

Pour ne rien arranger aux craintes que la planète pourrait nourrir à l'endroit de ce lancement opéré en pleine guerre russo-ukrainienne et sur fond de crise géopolitique mondiale, Vladimir Poutine a bombé le torse au moment d'en faire le service après-vente. "C'est une arme unique qui va renforcer le potentiel militaire de nos forces armées, qui assurera la sécurité de la Russie face aux menaces extérieures et qui fera réfléchir à deux fois ceux qui essayent de menacer notre pays avec une rhétorique déchaînée et agressive", a-t-il déclaré mercredi.

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Reste à savoir qui se trouve dans la ligne de mire du RS-28 Sarmat. Le contexte pousse de prime abord à penser au peuple subissant depuis bientôt deux mois les assauts de la Russie de Vladimir Poutine. "Ce n'est pas une menace pour l'Ukraine, c'est vis-à-vis des occidentaux", a cependant rétabli dans nos studios le général Jérôme Pellistrandi, notre consultant pour les questions de défense ce jeudi.

Devant nos caméras, Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et sécurité en Europe, nous a lui aussi invité à tourner nos regards ailleurs :"Ce missile a justement été tiré en direction des États-Unis alors que le président russe avait évoqué depuis le début du conflit la rhétorique nucléaire".

Prévu au programme

Les premiers intéressés, pourtant, n'ont pas paru s'émouvoir particulièrement de ce tir balistique. Les États-Unis, par la voix du Pentagone et de son porte-parole John Kirby, ont en effet assuré en avoir été prévenus en temps et en heure et conformément aux traités régissant les tests nucléaires. De surcroît, l'armée russe n'a visiblement pas bousculé son calendrier à l'heure de mener son expérience. Elle avait en effet prévu d'effectuer cinq essais du RS-28 Sarmat dans le courant de cette année 2022. Ainsi, nous n'aurions fait qu'assister au premier d'une longue série.

Le général Pellistrandi conseille d'ailleurs de garder la tête froide. "C'est un tir d'essai donc il y aura du temps avant son entrée en service", a-t-il mis en évidence. Pour lui, il ne s'agit que d'une étape de plus sur la chronologie déjà ancienne et balisée des missiles intercontinentaux en Russie. "Les Russes développent des missiles intercontinentaux depuis 1957", a-t-il noté.

Une réponse au traumatisme du Moskva

Plus récemment - en l'occurrence il y a tout juste une semaine - la Russie a de plus souffert un traumatisme militaire significatif: le naufrage du Moskva, son croiseur, torpillé en Mer Noire par les Ukrainiens. Une blessure d'orgueil - au-delà de la tragédie humaine qu'elle représente - qui pourrait bien expliquer également le tir de mercredi.

"Là, on donne une image positive d'une armée russe en très grande difficulté en Ukraine. Car ça permet de dire à l'opinion publique: 'Vous voyez, on a des armes de très haute technologie'", a encore estimé Jérôme Pellistrandi.

L'exemple nord-coréen

Notre editorialiste pour les sujets internationaux, Patrick Sauce, y a aussi vu une manière de laver l'affront pour le Kremlin: "C'est moins un message pour la communauté occidentale que pour les Russes: 'Nous avons perdu notre navire, il y a une semaine mais nous avons toujours de fortes capacités'". Et une tentative de redorer le blason du régime, selon un modèle bien connu sous d'autres latitudes. "C'est le même message que Kim Jong-Un envoie à ses concitoyens lorsque la Corée du Nord fait ses propres tests", a ajouté notre journaliste.

Mercredi, le RS-28 Sarmat s'est envolé de l'aire de Plessetsk dans la région d'Arkhangelsk, dans le nord-ouest de la Russie, avant de rejoindre sa cible, située à Koura, dans la péninsule du Kamchatka, à plus de 6000 kilomètres de sa rampe de lancement. On ignore cependant si le missile a atteint son véritable objectif: frapper les esprits russes.

Article original publié sur BFMTV.com

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