Espagne: Arrestation mouvementée d'un rappeur condamné dans une affaire de liberté d'expression

par Guillermo Martinez et Lorena Sopena
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ESPAGNE: ARRESTATION MOUVEMENTÉE D'UN RAPPEUR CONDAMNÉ DANS UNE AFFAIRE DE LIBERTÉ D'EXPRESSION

par Guillermo Martinez et Lorena Sopena

LLEIDA, Espagne (Reuters) - Des dizaines de policiers espagnols ont pris d'assaut une université mardi et ont arrêté un rappeur qui s'y était barricadé après avoir été condamné à une peine de prison pour avoir fait l'apologie du terrorisme et insulté la royauté dans des chansons.

Pablo Hasel a dépassé le délai qui lui avait été imparti vendredi dernier pour se rendre à la police afin de purger une peine de neuf mois de prison prononcée en 2018.

Cette condamnation a provoqué un tollé en Espagne et a conduit le gouvernement à annoncer qu'il allait assouplir les lois sur la liberté d'expression.

Après l'arrestation du rappeur, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Carmen Calvo, a déclaré à la presse que l'emprisonnement pour des questions de liberté d'expression ne devrait pas se produire dans une démocratie comme l'Espagne.

Le rappeur s'était réfugié lundi à l'université de Lleida, dans le nord-est de l'Espagne, avec un groupe de sympathisants. Ils ont brièvement affrontés la police mardi matin, jetant des chaises et vidant des extincteurs avant que des officiers armés et casqués les appréhendent.

Connu pour ses opinions radicales de gauche, Pablo Hasel a été condamné pour des paroles et des tweets qui comportaient des références à l'organisation basque indépendantiste ETA, où il comparait les juges espagnols aux nazis et traitait l'ancien roi Juan Carlos de patron de la mafia.

"La victoire sera à nous (...) Il n'y aura ni oubli ni pardon", a-t-il crié, le poing levé, alors qu'il était encerclé par la police et emmené en prison, après avoir retweeté quelques heures plus tôt les paroles pour lesquelles il avait été condamné.

"Demain, ce pourrait être vous", a-t-il ajouté dans un message à ses 125.000 abonnés.

Plus de 200 artistes, dont le réalisateur Pedro Almodovar, l'acteur Javier Bardem et le chanteur Joan Manuel Serrat, ont signé une pétition contre son incarcération.

Le gouvernement espagnol, situé à gauche de l'échiquier politique, a déclaré la semaine dernière, en réponse à cette affaire, qu'il réformerait la "loi du bâillon" promulguée en 2015 par une précédente administration afin d'empêcher la glorification de groupes armés interdits tels que l'ETA. Elle interdit également les insultes à l'égard de la religion ou de la monarchie.

Le gouvernement a ajouté qu'il introduirait des peines plus légères et ne ciblerait que les actions qui présentent un risque pour l'ordre public ou qui pourraient provoquer de la violence. Il entend également maintenir la tolérance à l'égard des formes d'expression artistiques, culturelles et intellectuelles.

L'ETA a annoncé sa dissolution en 2018, après un cessez-le-feu en 2010 et quatre décennies d'activité.

(Guillermo Martinez et Lorena Sopena, avec Inti Landauro, version française Kate Entringer, édité par Jean-Michel Bélot)