Espagne : l'arrestation controversée du rappeur Pablo Hasél déclenche des manifestations

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Devenu pour certains un symbole de la liberté d'expression en Espagne, le rappeur Pablo Hasél, condamné à la prison pour des tweets attaquant la monarchie et les forces de l'ordre, a été incarcéré mardi. Des altercations et des affrontements avec la police ont eu lieu lors de manifestations en sa défense mercredi soir à Madrid et Barcelone.

Il était devenu le symbole de la liberté d’expression en Espagne. La condamnation du rappeur Pablo Hasél, reconnu coupable d'apologie du terrorisme, ainsi que d'injures et calomnies à l'encontre de la couronne et de l'État ont donné lieu à des affrontements avec la police, mercredi 17 février, à Madrid et Barcelone.

Dans la capitale espagnole, des centaines de personnes se sont rassemblées sur la Puerta del Sol, fortement gardée par les forces de sécurité, derrière des banderoles qui clamaient "Assez de censure" et réclamaient la "Liberté" pour Pablo Hasél, incarcéré mardi. La police a fait état de 14 interpellations après des affrontements qui ont fait au moins neuf blessés.

Le rappeur a été condamné à neuf mois de prison pour des messages dans lesquels il insultait les forces de l'ordre espagnoles de "mercenaires de merde", les accusait de torture et d'assassinats et s'en prenait également à la monarchie. Il s'était barricadé dans l'université de Lérida en compagnie d'un groupe de sympathisants, mais la police catalane est intervenue mardi matin et l'a conduit directement en prison.

"Ils ne nous arrêteront pas, ils ne nous feront jamais plier, malgré toute la répression", avait crié, le poing levé, le rappeur, escorté par des policiers, selon des images de son arrestation diffusées par la télévision espagnole.

"C'est l'État fasciste qui m'arrête. Mort à l'État fasciste !", a-t-il encore clamé en regardant les caméras au moment d'entrer dans un véhicule des "Mossos d'Esquadra", la police régionale catalane qui l'a extrait de l'université de Lérida, en Catalogne, où il était barricadé depuis lundi avec des dizaines de sympathisants voulant empêcher son arrestation.

Selon un porte-parole de la police, le rappeur a été incarcéré à la prison de Lérida, tout de suite après son incarcération.

Manifestations de soutien

À Madrid, des manifestants, le visage dissimulé, ont lancé des bouteilles sur les policiers anti-émeutes, qui ont chargé mercredi soir.

À Barcelone, des altercations ont été enregistrées à nouveau, avec des projectiles jetés sur les policiers et des barricades érigées avec des bennes à ordures incendiées. Selon un bilan provisoire de la police autonome catalane, au moins 29 personnes ont été arrêtées.

Dans la capitale catalane, environ 1 700 manifestants se sont rassemblés près de la place centrale de la ville, aux cris de "Libérez Pablo" !" Quelques manifestants masqués ont ensuite enflammé des poubelles et jeté des projectiles sur les forces de l'ordre. Les manifestations de mardi soir, à Barcelone et dans d'autres villes de Catalogne, ont fait une trentaine de blessés et conduit à l'arrestation de quinze personnes.

Pablo Hasél - de son vrai nom Pablo Rivadulla Duró - avait jusqu'à vendredi soir pour se rendre volontairement en prison et commencer à y purger la peine de neuf mois qui lui avait été infligée par la justice espagnole.

"Ils devront venir m'enlever et cela servira aussi à dépeindre l'État sous son vrai visage, celui d'une fausse démocratie", avait déclaré vendredi à l'AFP par téléphone ce rappeur catalan de 32 ans, déjà condamné par le passé mais jamais incarcéré.

"Épée de Damoclès" au-dessus de tous les artistes

Avant son arrestation, plusieurs manifestations parfois tendues en soutien à Pablo Hasél ont eu lieu ces dernières semaines à Madrid et Barcelone, tandis que plus de 200 personnalités du monde culturel hispanophone, dont le réalisateur Pedro Almodóvar et l'acteur Javier Bardem, ont signé une tribune en sa faveur.

Les signataires y affirmaient notamment que la condamnation de Pablo Hasél constituait une "épée de Damoclès" au-dessus de tous les artistes et accusaient l'Espagne d'agir comme "la Turquie ou le Maroc".

L'affaire était devenue une véritable épine dans le pied du gouvernement de gauche de Pedro Sanchez, à plus forte raison à l'approche des élections catalanes de dimanche dernier.

La porte-parole de l'exécutif María Jesús Montero avait ainsi reconnu la semaine dernière "un manque de proportionnalité" dans la peine infligée au rappeur.

Sur la défensive, le gouvernement avait également promis "une réforme" pour que les "excès verbaux commis dans le cadre de manifestations artistiques, culturelles ou intellectuelles" ne relèvent plus du droit pénal et ne se traduisent plus par des peines de prison.

Évitant de se prononcer sur la peine, la numéro deux du gouvernement Carmen Calvo a défendu la nécessaire "tolérance propre à une démocratie mature comme la nôtre" dans le domaine de la liberté d'expression.

Partenaire des socialistes au sein du gouvernement, le parti de gauche radicale Podemos a vertement dénoncé l'arrestation du rappeur.

"Tous ceux qui se considèrent progressistes et se vantent de la ‘pleine normalité démocratique’ (de l'Espagne), devraient avoir honte. Vont-ils fermer les yeux ? Il n'y a pas de progrès si nous ne voulons pas reconnaître les manques démocratiques actuels", a twitté Podemos.

Il s'agissait d'une allusion à des commentaires très controversés de son chef et vice-président du gouvernement, Pablo Iglesias, qui a déclaré la semaine dernière qu'il n'y avait pas "de pleine normalité politique et démocratique en Espagne".

Ces propos ont déclenché un tollé de la part de tous les partis de l'opposition de droite, mais aussi un énorme malaise au sein même du Parti socialiste de Pedro Sánchez.

Avec AFP