Espace, énergies, Ukraine, francophonie: les enjeux de la visite de Macron aux États-Unis

Joe Biden et Emmanuel Macron au G7, le 27 juin 2022.  - LUKAS BARTH / POOL / AFP
Joe Biden et Emmanuel Macron au G7, le 27 juin 2022. - LUKAS BARTH / POOL / AFP

Selon l'heure parisienne, c'est mercredi à 2h30 que l'avion d'Emmanuel Macron se posera aux États-Unis, tandis qu'à Washington, il ne sera que mardi 20h30. Mais ce décalage paraît bien anecdotique par rapport aux rapprochements que la visite rendue par le président français à l'allié américain tout au long de la semaine entend opérer.

C'est le second voyage du genre pour Emmanuel Macron outre-Atlantique, après son déplacement de 2018 du temps de Donald Trump, mais la première visite d'État organisée par son successeur, Joe Biden. Et on voit naturellement les choses en grand pour l'occasion.

Trois jours de travaux, de cérémonies et de rendez-vous communs. Une odyssée menant des cercles politiques de Washington aux accents français de La Nouvelle-Orléans, et une délégation XXL pour épauler Emmanuel Macron - depuis l'écrivain américain francophone, Douglas Kennedy, ou le danseur Benjamin Millepied jusqu'à des grands patrons, comme Bernard Arnault.

Au-delà de l'apparat, cependant, les enjeux du séjour du président français en terre américaine sont aussi nombreux que cruciaux: il s'agit tout à la fois de faire le point sur l'aventure spatiale, sur les politiques écologiques, d'évoquer la guerre en Ukraine d'une même voix, et, surtout, d'apaiser les frictions naissantes autour du protectionnisme des États-Unis en matière de transition énergétique. BFMTV.com passe en revue ce mardi les dossiers au centre de ce nouveau grand moment des relations bilatérales.

• S'aligner sur la recherche spatiale

Certes, sur le papier, la thématique ne semble pas la plus urgente. Mais, signe de son importance pour les deux parties, c'est elle qui ouvre ce quart d'heure américain de trois jours: la recherche spatiale.

Tandis que le monde, et surtout la communauté scientifique s'émerveillent à échéances régulières des exploits du télescope James-Webb, que la mission Artémis, première du nom, prépare le terrain à un futur alunissage, Emmanuel Macron visitera mercredi - aux alentours de 10h heure locale - le siège de la NASA. Il le fera en bonne compagnie, puisqu'il sera chaperonné par la vice-présidente Kamala Harris. Lui-même aura d'ailleurs quelques invités de marque à faire mousser, puisqu'il a convié l'astronaute Thomas Pesquet et sa future successeure à la Station spatiale internationale, Sophie Adenot.

Si ce premier échange s'annonce consensuel, il n'est pas sans arrière-pensée géopolitique, car la Chine et la Russie entendent désormais faire concurrence aux Américains et à leurs partenaires occidentaux en dressant leurs propres plans sur les comètes.

• Régler les différends sur la transition énergétique

Ce mercredi permettra l'examen d'une autre problématique décisive: la préservation de la biodiversité et la transition écologique. C'est là l'un des axes cardinaux de cette visite. Emmanuel Macron l'évoquera d'abord avec des élus du Congrès, membres du caucus (ou commission) sur les questions environnementales. D'après le programme officiel, il s'agit, outre de veiller à cette préservation, d'explorer "les possibilités offertes par les transitions énergétique et climatique et les nouveaux modes de financement innovants".

Mais c'est plutôt lors de ses entrevues avec son homologue américain, jeudi, qu'Emmanuel Macron devrait toucher au vif du sujet. Il faut dire le président français a été ulcéré par le vote, à l'été dernier, de l'Inflation reduction Act. Voulue par l'administration Biden, la mesure a dégagé une enveloppe de 370 milliards de dollars pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.

Jusqu'ici, tout va bien, sauf qu'une partie du pactole doit servir à subventionner l'installation aux États-Unis d'acteurs de ce secteur économique, et en premier lieu de compenser généreusement l'achat de véhicules électriques, de batteries et énergies renouvelables produits sur le territoire américain ou utilisant des matériaux américains. Une manière d'éjecter les Européens du marché, craint l'exécutif français, par un protectionnisme que l'Élysée juge agressif.

Le 8 novembre dernier, Emmanuel Macron a même déclaré: "Je pense que ce n'est pas conforme aux règles de l'Organisation mondiale du commerce et que ce n'est pas conforme à l'amitié". Sa Première ministre, Élisabeth Borne, a quant à elle promis de ne "pas rester les bras croisés" devant ce plan vu comme discriminatoire à l'égard des produits européens.

Il y a peu de chances qu'Emmanuel Macron puisse tordre le bras au géant américain, et aucune qu'il conduise Joe Biden à renoncer à cette feuille de route placée en tête de son agenda économique. Le président français espère toutefois décrocher quelques exemptions à l'égard d'entreprises continentales.

Au rayon énergétique toujours, la délégation française compte examiner le dossier du nucléaire civil, notamment avec des agents de ce domaine - qu'ils soient Américains ou Français - et de quatre ministres, selon des informations diffusées par Le Figaro en fin de semaine dernière.

• Gommer les nuances sur le dossier ukrainien

C'est jeudi que se concentreront la plupart des tête-à-tête - ou les face-à-face selon les points de vue - entre Emmanuel Macron et Joe Biden, avec un accueil matinal à la Maison Blanche, un entretien particulier, une conférence de presse commune et un dîner officiel dans la soirée. Ce sera aussi l'occasion de parler Kremlin et Ukraine. Ce mardi, lors de son point-presse, le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a d'ailleurs souligné l'importance "du contexte international" autour de cette visite.

Si France et États-Unis sont bien entendu tous deux dans le camp des alliés les plus résolus de Kiev, leurs approches ont jusqu'ici différés. Alors que Washington refuse tout contact public avec Moscou et multiplie les déclarations fracassantes à l'endroit de Vladimir Poutine, Paris se veut plus accommodant. Emmanuel Macron décroche même fréquemment le téléphone pour dialoguer avec le Russe.

Cette attitude a pu irriter les États-Unis. Toutefois, les positions tendent à s'harmoniser. Depuis une dizaine de jours, le Pentagone a semblé tracer une frontière à son soutien, pourtant censé être inconditionnel, à l'effort de guerre ukrainien. Le 17 novembre dernier, le général Mark Milley, chef d'état-major des armées, a ainsi déclaré: "L'expulsion des Russes de toute l'Ukraine est improbable militairement".

Une observation signifiant que l'objectif d'une reconquête intégrale de son territoire, jusqu'à la Crimée, par l'Ukraine est pointé comme irréaliste. Invitation à peine voilée à envisager, à terme, d'entrer en négociations pour mettre fin au conflit, même sur la base d'un pénible compromis.

• Partager les factures

Qui dit guerre en Ukraine, dit factures salées nourries par l'explosion mondiale de l'inflation et du prix de l'énergie. Aussi, les deux interlocuteurs franco-américains doivent aussi s'assurer que leurs deux pays géreront les contrecoups de l'invasion de façon cohérente.

L'Élysée a ainsi fixé à l'ordre de cette visite d'État la "resynchronisation des réponses économiques" aux conséquences de la crise à l'est de l'Europe.

• La francophonie vue depuis La Nouvelle-Orléans

Espace, écologie et protectionnisme, nucléaire civile, guerre en Ukraine, lutte harmonisée contre l'inflation... Le menu du voyage s'annonce donc chargé. Il ne s'arrête pourtant pas là. Vendredi, après un petit-déjeuner avec les représentants des entreprises du numérique, Emmanuel Macron ira en effet prendre le dessert clôturant son déplacement en Louisiane, à La Nouvelle-Orléans.

Dans l'emploi du temps consigné, la journée sur place est consacrée aux sports, à la musique - comprenant d'ailleurs une rencontre avec des artistes et des acteurs du champ culturel - mais ce saut de puce dans cette ancienne province française doit aussi servir d'écrin à une annonce présidentielle.

Selon des informations divulguées par Le Figaro, Emmanuel Macron doit y officialiser la création d'un Fonds pour la langue française, afin de fortifier son apprentissage dans les écoles américaines. Comme une dernière manière de se trouver une langue commune.

Article original publié sur BFMTV.com