Esclandre et exaspération au procès en appel de Gabriel Fortin, le "tueur de DRH"

Un policier inspecte le box des accusés dans la salle d'audience du tribunal de Grenoble avant le procès en appel de Gabriel Fortin devant la Cour d'assises de l'Isère, le 13 mai 2024 (OLIVIER CHASSIGNOLE)
Un policier inspecte le box des accusés dans la salle d'audience du tribunal de Grenoble avant le procès en appel de Gabriel Fortin devant la Cour d'assises de l'Isère, le 13 mai 2024 (OLIVIER CHASSIGNOLE)

Gabriel Fortin, jugé en appel à Grenoble pour trois assassinats et une tentative d'assassinat, a de nouveau refusé mardi d'assister à son procès, et a été expulsé de la salle d'audience après avoir provoqué un esclandre.

L'ancien ingénieur, surnommé "le tueur de DRH", répète depuis l'ouverture des débats lundi qu'il ne "souhaite pas y assister", n'ayant "rien à dire" sur l'équipée sanglante de 2021, au cours de laquelle il avait abattu de sang-froid trois personnes et manqué une quatrième. Il revient désormais à ses avocats de "faire le travail" de défense, a-t-il argué en guise d'explication.

La problématique de sa présence ou non au procès pourrait se compliquer encore mercredi en raison de l'appel au blocage des établissements et structures pénitentiaires lancé après la violente attaque d'un fourgon mardi dans l'Eure, a indiqué en fin de journée l'avocat général, précisant qu'une "solution" est recherchée pour l'amener depuis Valence où il est incarcéré, à une heure de route de Grenoble.

Fortin était apparu déterminé mardi matin à maintenir sa position bien que la présidente lui ait fait valoir qu'il était "légitime et logique" qu'il participe à un procès en appel qu'il avait lui-même requis.

Gabriel Fortin, 49 ans, avait été condamné en juin 2023 à Valence à la prison à vie, assortie d'une peine de sûreté maximum de 22 ans, pour avoir tué en 48 heures une cadre de Pôle Emploi, d'une agence où il fut un temps inscrit, et deux responsables des ressources humaines, qui avaient participé à ses licenciements plus d'une décennie auparavant.

Si l'accusé a bel et bien assisté contre son gré à la première partie de l'audience du matin, il a catégoriquement refusé de revenir dans le box après la première pause.

Officiellement sommé puis escorté de force dans la salle par deux policiers, il s'est mis à crier et répéter en boucle: "Je ne souhaite pas participer aux débats, je ne souhaite pas participer aux débats". Après quelques minutes de ce régime, la présidente a décidé de l'extraire "pour l'instant" de la salle et de poursuivre les auditions.

Son attitude a exaspéré certaines des parties civiles, qui l'ont accusé d'être un "lâche", de les prendre en "otages" et de leur imposer un procès "non équitable".

Le cousin de l'une des victimes de Fortin, Sébastien E., a fait part à la cour de ses difficultés "face à ce mur du silence" et de devoir "revivre ce procès avec les mêmes questions, toujours sans réponse".

"Il a fait un choix, nous ses défenseurs, nous le respectons et nous nous adaptons", avait pour sa part indiqué lundi l'un des avocats de Gabriel Fortin, Me André Buffard.

- Surveillance -

L'essentiel de cette deuxième journée, consacrée à l'examen de la personnalité de l'accusé, s'est donc déroulée sans lui.

La cour a entendu une petite dizaine de témoins dont d'anciens camarades de lycée ou personnes croisées au fil des activités sportives qu'il a pratiquées une fois adulte: planeur, parapente ou club de tir.

Ils l'ont décrit de manières très diverses, utilisant des qualificatifs comme "spontané", "déconneur", "non violent", ou encore "mutique" ou "fuyant", en particulier lorsqu'on lui posait des questions sur sa vie personnelle ou sa recherche de travail. "Il était cloisonné comme un ermite à l'intérieur de lui-même", a estimé un agent de Pôle Emploi qui l'avait conseillé.

Thierry D., qui fut un temps son supérieur hiérarchique, l'a pour sa part décrit comme un "spoutnik, quelqu'un de vraiment différent", et dont la qualité du travail posait clairement problème: "Je n'ai jamais compris comment il pouvait être ingénieur", a-t-il souligné.

La cour a également entendu Maud L. avait qui il avait eu au lycée un "flirt de quelques mois". La quadragénaire fait partie des personnes sur lesquelles il avait mené des repérages et des recherches sur internet. L'enquête a montré qu'il était passé non loin de son domicile lors de sa virée sanglante de janvier 2021. "Je dois peut-être ma vie à un déménagement", s'est-elle émue.

ahe/mla/as