Un « escape game » polémique retrace la fin tragique de Walter Benjamin

Par Sophie Pujas

Le mémorial Walter Benjamin à Portbou.

À Portbou, où le penseur Walter Benjamin s'est donné la mort, un « jeu d'évasion » propose de revenir sur ses pas. Les spécialistes crient à l'indécence.


Sauver Walter Benjamin, pas moins. Voilà ce que propose l'escape game «  Portbou 1940  ». La ville espagnole où le penseur se donna la mort en septembre 1940 tente en effet de surfer sur le succès de ces jeux à énigmes. Pour une somme qui varie entre 145 et 190 euros (gîte et couvert compris), on pourra 24 heures durant se replonger au temps de la Seconde Guerre mondiale. Le jeu, dont le résumé sur le site est très succinct, mettrait en scène nazis et phalangistes, mais aussi Walter Benjamin et la résistante Lisa Fittko… Faut-il vraiment faire du passé un vaste champ où puiser des sensations fortes, quitte à réécrire l'Histoire et à réquisitionner des fantômes qui ont peut-être bien mérité un peu de paix ? Il y a quelques années, un escape game impliquant une reconstitution de l'appartement d'Anne Frank avait suscité l'indignation…

Dans le cas de Walter Benjamin, les organisateurs se défendent de tout manque de respect. « En parlant de cet endroit et de cette époque, il nous semblait inévitable d'évoquer Walter Benjamin, qui était sans aucun doute la figure la plus en vue de l'exil douloureux du Sud  », plaidait sur Twitter Francesc Ribera, l'un des concepteurs du jeu, pour éteindre la polémique naissante. « Nous ne voulons jamais l'exploiter comme une attraction touristique, nous vous invitons à une expérience de la Seconde Guerre mondiale. Mais nous avons aussi senti que c'était l'occasion de faire connaître la personne et l'œuvre à un public qui ne la connaissait pas. Notre intention n'est pas de ternir le nom de Walter Benjamin, mais de le propager. » Celui-ci n'a toutefois pas souhaité répondre à nos questions. Et du côté des chercheurs, la méfiance est vive face à cette exploitation commerciale d'une mémoire tragique. Rencontre avec (...) Lire la suite sur LePoint.fr

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