En escale à Marseille, Amal, marionnette syrienne, alerte sur le sort des enfants migrants

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Du haut de sa silhouette de bois de 3,5 mètres, Amal, marionnette représentant une enfant syrienne déracinée, a débarqué telle une rock star sur le port de Marseille, une des étapes d'un périple débuté en Turquie et qui s'achèvera en novembre au Royaume-Uni.

Dans sa jupe rose, avec ses yeux écarquillés et ses longs cheveux bruns, la grande poupée représentant une fillette syrienne à la recherche de sa mère a posé le pied mercredi sur l'esplanade du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem), dans une ambiance survoltée et sous les applaudissements.

"Amal! Amal! Amal!", crient en sautillant des centaines d'enfants des centres de loisirs, qui observent médusés son arrivée par la mer. Accueillie par l'ONG SOS Méditerranée, dont le siège est à Marseille et qui, avec son navire l'Ocean Viking, porte secours à des milliers de migrants tentant comme elle de rejoindre l'Europe pour un avenir meilleur, la marionnette ne laisse pas indifférent.

"C'est triste ce qui lui arrive", confie Julia, 9 ans: "Son histoire m'a beaucoup touchée. J'ai trouvé ce projet magnifique", ajoute sa mère, Vanessa Moughames, d'origine Libanaise, qui y voit un parallèle avec son histoire.

Parti de Gaziantep, ville turque à la frontière syrienne le 27 juillet, le pantin doit rejoindre Manchester au Royaume-Uni le 3 novembre, après avoir parcouru 8.000 kilomètres et traversé huit pays, où des centaines d'événements culturels sont programmés pour l'accueillir.

Cette odyssée , baptisée "The Walk" (La Marche), est destinée à sensibiliser l'Europe sur le sort des migrants et notamment des enfants non-accompagnés ou séparés de leur famille. Un message: "Ne m'oubliez pas", explique la fondation britannique "Good chance Theatre", née en 2015 dans le camp de migrants de Calais qui a inspiré la pièce de théâtre "The Jungle".

- Aylan "avait des rêves" -

Un lieu qu'Amal devrait d'ailleurs découvrir le 17 octobre avant d'embarquer pour l'Angleterre, après avoir tenté de retrouver sa mère en Suisse, en Allemagne et en Belgique.

"On a voulu représenter une très très grande fillette, car ces enfants ne sont pas assez visibles. On espère par ce contact direct créer de l'empathie, et grâce à l'art faire bouger les lignes sur le sort de ces enfants qui n'ont plus le droit de l'être et sont sur les routes au lieu d'être à l'école", explique Claire Béjanin, co-productrice du projet.

Après la Grèce puis l'Italie, la marionnette a rejoint la France mardi matin dans une ferme solidaire de la communauté Emmaüs de Breil-sur-Roya, où le militant pro-migrants de la vallée, Cédric Herrou, lui a lu ses droits. Puis direction Toulon et Marseille, une ville qui s'est "créée par la mer et ses migrations successives", relève la productrice.

Au cours de cette escale dans la cité phocéenne, Amal et son public assisteront sur une plage au "Va-et-vient des vagues", un spectacle de danse mis en scène par la chorégraphe palestinienne Samar Haddad King. Une cinquantaine de danseurs, professionnels comme amateurs, munis de gilets de sauvetage, incarneront ces migrants dont "chaque histoire est différente", insiste auprès de l'AFP la chorégraphe, dont la famille maternelle a fait partie des réfugiés palestiniens de 1948.

"Fatigué ou triste, chacun livre une interprétation personnalisée" de ces migrants souvent représentés comme morts, note la jeune mère, encore marquée par cette photo de 2015 du corps d'Aylan, cet enfant syrien de 3 ans échoué sur une plage turque.

"Or il y a de la vie, de l'espoir", poursuit Samar Haddad King: Aylan "avait des rêves, ses parents imaginaient des projets pour lui", relève l'artiste, qui partage sa vie entre la Palestine et New York.

Une autre image est venue ces derniers jours l'empêcher de dormir: celle de gardes-frontières américains à cheval repoussant des migrants au Texas, "comme des animaux".

est/ol/ide

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