Errance romaine et doutes politiques, par Camille Laurens

Libération.fr
Dans les Bouches-du-Rhône.

Le week-end dernier, j’étais à Rome. C’était le début de la Semaine Sainte, ce qui n’était pas la raison de mon voyage, croyez-le bien : le simple fait de mettre des majuscules à «semaine sainte» me hérisse, alors le Vatican, la pourpre, les nonnes à chaque coin d’église (entre parenthèses, ici la controverse sur le port du voile est tout de suite réglée, ce qui est un bon point pour tout le monde)… Non, ce qui m’a mis la puce à l’oreille, ce sont les rameaux de buis qui dépassaient des sacs à dos, au fil des rues, portés par des familles proprettes de touristes extatiques avec poussettes et polos nickel, comme si «la Manif pour tous» avait pris ses quartiers au cœur de la ville éternelle.

Dans ce contexte, cela m’a donné une joie maligne, je le confesse, d’apprendre que les amants de Pompéi étaient deux hommes - deux jeunes hommes de 18 et 20 ans sans lien de parenté, ainsi que l’a montré l’analyse de leur ADN. Je me demande ce qu’en pensent, dans leur for intérieur plus emmuraillé que Jéricho, les jeunes prêtres qui arpentent les rues flanqués de scouts boutonneux. Christine Boutin a dû faire un nouveau malaise, mais l’idée qu’on lève un coin du voile jeté sur l’hypocrisie me réjouit. A quelques jours du premier tour des élections, ne sommes-nous pas saturés de tartuffes et de faux jetons ?

Il faut dire que j’ai fait fort pendant ce séjour à Rome. L’Institut français m’avait logée dans ce qui m’a semblé d’abord une sorte d’auberge, mais l’odeur d’encens qui baignait le bâtiment, les pancartes indiquant la chapelle et l’heure des offices m’ont vite détrompée. Dans l’ascenseur qui me conduisait à ma chambre, je suis restée bouche bée devant le formulaire à remplir qu’on m’avait donné à l’accueil : «Quel est votre diocèse ?» me demandait-on. «Statut ecclésiastique ?» étais-je invitée à préciser. Mon visage devait refléter une perplexité confinant à l’idiotie car un prêtre identifiable à son seul col s’est penché vers moi avec un sourire bienveillant (je bouffe du curé (...) Lire la suite sur Liberation.fr

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