Eric de Moulins-Beaufort, un évêque sous le poids de la mitre

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Ordonné prêtre il y a 30 ans, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France, est un serviteur de l’Église qui s'est retrouvé dans la position délicate de devoir "s'expliquer", mardi, sur sa défense du secret de la confession.

Une semaine après la déflagration du rapport Sauvé qui a révélé l'ampleur de la pédocriminalité dans l’Église de France durant 70 ans, l'archevêque de Reims a été convié par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin afin de "s'expliquer sur ses propos" sur le secret de la confession, selon lui "supérieur aux lois de la République".

Propos "maladroits" ou "révélateurs" d'une institution dont l'inertie est régulièrement pointée du doigt ?, s'interrogent les uns ou les autres. Une "formulation maladroite", a concédé l'archevêque de Reims après l'entretien avec le ministre, demandant "pardon" pour le "débat suscité".

Celui qui est surnommé "EMB" avait été élu pour trois ans, en avril 2019, à la tête de la CEF notamment pour ses qualités de "bosseur", d'"homme intelligent", "capable du consensus", selon les mots de plusieurs de ses pairs.

A 57 ans (59 aujourd'hui), il incarnait alors le renouvellement, dans une assemblée d'un peu moins de 120 évêques, plutôt âgée.

Le président de la conférence épiscopale n'est pas le chef de l’Église catholique en France - chaque évêque étant maître dans son diocèse sous l'autorité du pape - mais il incarne toutefois la première religion de France auprès des autorités.

- Fils d'officier -

S'il n'est pas à l'origine de la création de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) en novembre 2018, "EMB" avait travaillé le sujet quand il était évêque auxiliaire à Paris. En 2016, il avait créé une commission pour prévenir les agressions sexuelles.

Il a également mené, à cette époque-là, des auditions de personnes accusant d'agressions sexuelles le prêtre et "psychanalyste" Tony Anatrella.

Au sein de la CEF, il a œuvré "à la sensibilisation de tous les évêques", lui reconnaît Olivier Savignac, du collectif de victimes Parler et revivre, qui salue l'organisation, en mars, d'une assemblée extraordinaire des évêques sur la question de la responsabilité.

"Il a toujours réussi à nous faire voter de façon largement majoritaire sur des sujets très débattus", souligne Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, qui loue ses qualités de "manager".

C'est de sa part "une stratégie de communication", juge au contraire François Devaux, cofondateur de l'association de victimes La Parole Libérée, qui fut à l'origine des affaires Preynat et Barbarin. "Derrière, c'est creux, il n'y a pas de sincérité", accuse, très critique, M. Devaux, qui lui reproche de tarder à lancer une véritable "indemnisation" des victimes.

Né en 1962, l'archevêque de Reims, diplômé de Sciences-Po, a suivi le séminaire français de Rome. Il a été directeur au séminaire de Paris et enseignant, notamment à la Faculté de théologie Notre-Dame.

Ce fils d'officier, qui dit avoir découvert sa vocation à 11 ans, a été secrétaire particulier de Mgr André Vingt-Trois (2005- 2008), archevêque de Paris. Auparavant, il avait été curé de la paroisse Saint-Paul-Saint-Louis, dans la capitale, pendant cinq ans.

- "Pris en étau" -

Cet homme, grand de taille, peut donner une image de raideur, mais cache un humour "très british", selon des proches.

"C'est un évêque pleinement centriste, issu de Vatican II, sans excès, sans regret", estime Christine Pedotti, directrice de la rédaction de Témoignage chrétien. "C'est un vrai grand serviteur" de l’Église, dit celle qui a autrefois travaillé avec lui à l'aumônerie des lycées du Quartier latin.

"Il a la juste vision des choses", dit de lui le père Pierre Vignon, très engagé aux côtés des victimes de pédocriminalité. "Mais je ne pense pas qu'il soit vraiment suivi" par le reste de l'épiscopat, ajoute-t-il, regrettant que certains "évêques en ce moment en soient à se demander s'ils peuvent dire la messe en latin".

Pour M. Devaux, il reste "dans une position de calcul". Il en veut pour preuve le fait que le rapport Sauvé à peine publié "il essayait déjà de négocier l'ascendance que doit garder l’Église".

Il est "coincé", "pris en étau entre l'institution qu'il représente, et Rome (le Vatican, ndlr) qui ne veut pas lâcher, avec des dicastères (subdivisions de la curie romaine, ndlr) profondément conservateurs", juge M. Savignac.

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