Epandage de pesticides: une distance de sécurité innovante, mais pas suffisante ?

En France, le gouvernement va proposer de fixer à 5 ou 10 mètres, selon les cultures, la distance minimale entre les habitations et les zones d'épandage de pesticides. Les écologistes et les associations de défense de l'environnement estiment que cette distance est insuffisante et met en danger les habitants. Elisabeth Borne se veut rassurante :  cette distance est validée par les études scientifiques insiste la ministre de l'Ecologie, devant les doutes des militants écologistes.

La distance minimale à respecter proposée est de 10 mètres pour les « substances les plus dangereuses », précise un communiqué commun des ministères de la Transition écologique, de la Santé et de l'Agriculture. Pour les autres produits, elle sera de 5 mètres pour les cultures dites basses, comme les céréales et de 10 mètres pour les cultures hautes, telles que les vignes.

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« Le choix de ces distances –et on ne l’a pas sorti d’un chapeau- c’est un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire qui a été remis au mois de juin, assure Elisabeth Borne, la ministre de l'Ecologie au micro de Julien Chavanne. L’agence a réuni des scientifiques pour avoir des avis sur les bonnes distances que l’on peut imposer dans ces zones où l’on ne doit pas mettre de pesticides. C’est l’avis des scientifiques et c’est donc sur cette base là qu’ont été préparés les textes qui seront mis en consultation à partir de lundi. »

« La France sera pionnière dans ce domaine »

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en effet a recommandé en juin de mettre en place des distances de sécurité « au moins égales » à 3, 5 et 10 mètres entre les cultures et les bâtiments habités, selon le type de culture et le matériel utilisé pour la pulvérisation. Des distances « supérieures » devraient être respectées « par mesure de précaution, en particulier pour les produits classés cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction ».

« Évidemment, on va continuer à avoir des études scientifiques sur ces questions, insiste Elisabeth Borne. S’il y a de nouvelles études pour demander des zones plus importantes, on en tiendra compte. Et si a contrario, il y a des études sur des nouvelles techniques d’épandage qui seraient plus protectrices, on en tiendra compte aussi. Donc c’est une avancée, la France sera pionnière dans ce domaine et je pense qu’effectivement on peut s’en réjouir parce que protéger les riverains et protéger les habitants, c’est très important. »

Des écologistes  réservés

Une initiative « historique », reconnaît David Cormand, secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts, « c'est la première fois que l'Etat admet qu'il y a un danger grave pour les gens » après un épandage, mais la décision elle est «anecdotique», « une zone tampon de 5 à 10 mètres, ça n'a pas de sens », tacle t-il.

Peut mieux faire : même son de cloche du côté de l'ancien ministre de l'Ecologie Nicolas Hulot. « Cette décision me paraît insuffisante. On acte, mais il faut aller plus loin » a déclaré l'ancien ministre de l'Ecologie Nicolas Hulot, lors d'une conférence au festival « d'éco-mobilisation » Climax.

« Cinq ou dix mètres de distances ne représentent absolument pas une distance susceptible de réduire de manière significative l'exposition des riverains aux pesticides », commente dans un communiqué François Veillerette, directeur de l'ONG Générations Futures. « Cette décision me paraît insuffisante. On acte, mais il faut aller plus loin » a déclaré l'ancien ministre de l'Ecologie Nicolas Hulot, lors d'une conférence au festival « d'éco-mobilisation » Climax.

Le maire de Langouët, en Ille-et-Vilaine, Daniel Cueff, qui a pris en mai un arrêté très médiatisé interdisant l'utilisation de produits phytopharmaceutiques « à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d'habitation ou professionnel », a également fait part de sa surprise devant la décision du gouvernement. « Quand j'ai appris ça, je pensais que c'était une “fake news” et que ce n'était pas sérieux! Cette proposition n'est pas croyable », a-t-il réagi samedi.

Son arrêté a lui avait été suspendu fin août mais de nombreux maires ont pris de semblables initiatives pour protéger leurs administrés.

Le gouvernement va entamer  un processus de consultation à partir de ce lundi et pendant trois semaines et le document final entrera en vigueur le 1er janvier 2020.