Entreprises familiales : plus de flexibilité mais plus de surmenage

Travailler avec des membres de sa famille peut poser certains problèmes. D’aucuns sont d’avis que le fait de travailler sous la direction de son père, sa mère, son frère, sa sœur, son oncle ou tout autre membre de la famille relève du cauchemar. Pourtant, nombreux sont ceux qui vivent cette réalité au quotidien étant donné l’importante place de l’entreprise familiale dans le tissu économique.

Ces structures, définies par le droit européen comme des entreprises où « la majorité des pouvoirs décisionnels est détenue par la ou les personnes physiques ayant fondé la société ou ayant acquis son capital social, ou est détenue par son conjoint, ses parents, son enfant ou l’héritier direct de son enfant », représentent aujourd’hui plus de 70 % de toutes les entreprises en France et environ les deux tiers dans le monde.

Malédiction ou bénédiction ?

Si le fait de travailler en famille peut apporter son lot de problèmes familiaux à gérer au travail, cela présente également des avantages uniques, comme des privilèges de type népotiques. Il peut, en effet, être plus facile d’obtenir de pouvoir travailler à domicile ou en régime assoupli lorsque votre supérieur est votre père ou votre mère.

Dans une étude récente, notre équipe de recherche a examiné de plus près certains des avantages et des risques pour les personnes travaillant dans des entreprises familiales. À la lumière de la pandémie de Covid, la question de la souplesse au travail a été mise en relief sur deux aspects : le travail à domicile et les horaires flexibles. En comparant la vie professionnelle des personnes travaillant en famille à celle des personnes occupant un emploi hors entreprise familiale, sur un échantillon représentatif de 10 000 ménages, nous avons retenu plusieurs points d’intérêt.

Premièrement, sans surprise, travailler dans l’entreprise familiale peut être source d’épanouissement, mais cela implique la plupart du temps un investissement personnel considérable. Les chefs d’entreprises familiales travaillent sensiblement plus que les employés qui ne travaillent pas en milieu familial.

À conditions égales (emploi, poste, salaire, région, etc.), les collaborateurs apparentés travaillaient en moyenne plus de 5 heures par semaine de plus que les employés hors milieu familial. Plus de 42 % d’entre eux ont déclaré être régulièrement surmenés (c’est-à-dire travailler plus de 50 heures par semaine), alors que ce n’était le cas que pour 16 % des collaborateurs qui ne travaillent pas en entreprise familiale.

Deuxièmement, travailler dans une entreprise familiale est gage d’une plus grande flexibilité. Alors qu’à l’heure de l’après-pandémie, le monde entier débat de la flexibilité du travail et du travail à distance, les membres d’entreprises familiales jouissent depuis longtemps de ces avantages. Même avant la pandémie, 44 % d’entre eux avaient un horaire flexible ou non fixe, contre seulement 8 % des employés hors milieu familial. De même, 21 % des premiers pouvaient travailler à domicile, contre 9 % seulement pour les seconds. Même lorsqu’ils peuvent télétravailler, nombre d’employés en entreprise classique hésitent à en profiter.

Les employés d’entreprises familiales sont plus avantagés, en particulier par rapport aux entreprises où la culture organisationnelle et les normes informelles reposent sur le temps passé au bureau et où la souplesse des régimes de travail doit être négociée à titre individuel.

Les inégalités femme-homme persistent

Le troisième constat peut intéresser tous types d’employés. Il concerne l’égalité entre les sexes, dont on présume qu’il va de pair avec une flexibilité accrue au travail. En Allemagne, comme dans de nombreux autres pays, les décideurs politiques ont fait campagne pour faciliter l’intégration des femmes dans le monde du travail. En outre, ils ont utilisé la flexibilité comme outil de transformation des normes femme-homme.

Cependant, notre étude a montré que même dans les entreprises familiales où la flexibilité est plus élevée, la répartition des tâches ménagères dans les ménages ne varie pas des ménages de celles et ceux ne travaillant pas en milieu familial. Le partage des tâches « traditionnel » (ainsi le modèle du père pourvoyant aux besoins de la famille) persiste malgré une certaine flexibilité au travail.

L’une des principales conclusions à tirer de ces observations est que la flexibilité n’est pas une panacée. Même lorsque les entreprises assouplissent les régimes de travail, le sentiment d’épanouissement peut se renforcer sans que les inégalités femme-homme ne se résorbent pour autant. Dans ce cas, les normes culturelles peuvent prendre le pas sur les meilleures intentions. De plus, il est probable que maintenir une présence soutenue au bureau reste la voie principale pour l’ascension professionnelle des employés hors entreprises familiales.

L’équipe de recherche à l’origine de cette étude est dirigée par Fabian Bernhard de l’EDHEC Business School à Paris et Isabell Stamm de la TU Berlin.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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