Publicité

Entre légendes et légendaire: Boudanov, l'énigmatique chef espion ukrainien

Photo diffusée le 9 septembre 2023 par la Fondation Victor Pinchuk de Kyrylo Boudanov, chef du renseignement militaire ukrainien, à Kiev (Handout)
Photo diffusée le 9 septembre 2023 par la Fondation Victor Pinchuk de Kyrylo Boudanov, chef du renseignement militaire ukrainien, à Kiev (Handout)

Enigmatique et imperturbable, sa mission est d'orchestrer d'audacieuses opérations contre la Russie: Kyrylo Boudanov, le jeune chef du renseignement militaire ukrainien, s'est bâti, en deux ans de guerre, une réputation à la limite du légendaire.

L'homme "sans sourire" est devenu "l'incarnation" des attaques secrètes menées par Kiev dans les zones occupées et en profondeur en Russie, relevait l'an dernier l'influent site d'information ukrainien NV.

Signe de cette aura, lorsqu'il arrive à une conférence internationale organisée à Kiev en septembre 2023, il est ovationné avant même son discours par des personnalités ukrainiennes et occidentales désireuses aussi de le prendre en photo.

Boudanov était inconnu du public lorsqu'il prend la tête en août 2020, à 34 ans, du renseignement militaire du ministère de la Défense (GUR).

Et désormais, à tout juste 38 ans, son nom circule parmi ceux qui pourraient remplacer le populaire commandant en chef Valery Zaloujny si le président Volodymyr Zelensky devait se décider à l'écarter.

Originaire de Kiev, Kyrylo Boudanov avait étudié d'abord à la faculté des troupes aéroportées d'Odessa. Dès ses études finies, il rejoint le GUR, lui qui se passionne pour le renseignement depuis l'adolescence.

- Trois blessures -

Quand la Russie déclenche un conflit séparatiste dans l'est du pays en 2014, il est déployé là-bas. Mais rien ne filtre de ses activités.

Une des rares informations rendues publiques sur ses activités est la participation en 2016 à une opération commando en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou deux ans plus tôt, pendant laquelle des agents russes ont été tués.

Kyrylo Boudanov lui-même ne dit pas grand-chose de ses états de service, sinon qu'il a été blessé à trois reprises, dont une fois par un éclat près du coeur.

Une blessure par balle au coude lui a laissé en outre une raideur bien visible dans le bras droit.

Selon le porte-parole du GUR, il a également été visé par "plus de dix" d'attentats. En 2019, sa voiture a explosé à Kiev, une attentat attribué à l'époque aux services spéciaux russes.

Le jeune agent a su se faire remarquer, devenant à 35 ans un des plus jeunes généraux du pays.

C'est l'invasion à grande échelle le 24 février 2022 qui mettra un coup de projecteur sur le GUR et son chef, d'autant qu'il avait prédit publiquement, plusieurs mois avant l'assaut, une attaque de grande ampleur quand l'essentiel de la planète était dans le déni quant aux intentions de Vladimir Poutine.

Lorsque les troupes russes entrent en Ukraine, il donne des interviews depuis son bureau sombre, avec parfois derrière lui une carte d'une Russie fragmentée.

"Nous allons vaincre la +grande et invincible+ armée russe, comme David a vaincu Goliath", assurait le général que ses partisans décrivent comme un maître des opérations asymétriques.

Mais sa prédiction d'entrée de troupes ukrainiennes en Crimée en 2023 est resté lettre morte, alors que le front est largement figé depuis fin 2022 et que la grande contre-offensive ukrainienne a échoué l'été passé.

- Attaques contre la Russie -

Les Ukrainiens n'en tiennent pas rigueur à celui que des memes surnomment "Bouddhanov" du fait de son flegme apparent.

Car il peut aussi se targuer d'une série d'opérations en Russie, comme cette frappe de drone en janvier sur une raffinerie à Saint-Pétersbourg, à des centaines de kilomètres du front.

Moscou accuse aussi le GUR de l'explosion d'octobre 2022 qui a partiellement détruit l'emblématique pont reliant la Crimée occupée à la Russie.

Lui et ses hommes sont encore une cible de choix pour le Kremlin. Depuis le début de l'invasion, la Russie a visé au moins deux fois le siège du renseignement militaire à Kiev, proclamant même en mai 2023 avoir tué Boudanov.

Selon le GUR, l'épouse du général, Marianna Boudanova, a elle été empoisonnée aux métaux lourds en novembre dernier, mais ses jours n'ont pas été en danger.

Pas de quoi arrêter Kyrylo Boudanov.

"Le nombre d'attaques contre les infrastructures russes va probablement être multiplié", a-t-il froidement prévenu le 1er février.

Quelques heures plus tard, son service revendiquait avoir coulé un navire lance-missile en Crimée.

Enfin, fausses ou vraies, ses hommes égrainent aussi les anecdotes nourrissant sa légende, comme l'agent Oleksandre Liouty dans les colonnes d'un média ukrainien : "Il a littéralement forcé 19 Russes à se rendre lors d'une conversation, simplement en leur parlant à la radio".

bur-ant/alf/mr