Entre délinquance et terrorisme, la difficile équation des policiers pour contrôler le confinement

Justine Chevalier
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Des policiers contrôlent des attestations à Paris le 17 octobre. - ABDULMONAM EASSA
Des policiers contrôlent des attestations à Paris le 17 octobre. - ABDULMONAM EASSA

Fini la "mansuétude". Le ministre de l'Intérieur prévient les Français qui ne respecteraient pas le confinement, les contrôles vont être renforcés et les sanctions vont tomber. "Il convient de faire respecter un peu plus encore ce confinement", a déclaré Gérald Darmanin sur France info. Il est différent du premier mais il doit être plus respecté".

Le ministre de l'Intérieur a adressé un télégramme aux préfets en début de semaine pour réclamer ce renforcement des contrôles. "Après cette première phase de forte volonté d'explication et de nécessaire pédagogie (...) il faut désormais que chaque Français prenne conscience de la nécessité de respecter strictement les règles de confinement", écrit le locataire de la place Beauvau, alors que près de deux Français sur trois disent avoir transgressé les règles.

"Ces annonces sont davantage pour dire que la phase pédagogique est terminée, estime Stanislas Gaudon, du syndicat Alliance Police. La situation sanitaire est assez grave, on nous demande que la répression soit appliquée, mais on ne va pas se mentir, on ne va pas doubler ou tripler les contrôles d'un claquement de doigts."

Moins de contrôles qu'au printemps

Depuis la remise en place du confinement le 29 octobre, il y a eu 581.000 contrôles d'attestation réalisés par les forces de l'ordre, donnant lieu à environ 100.000 verbalisations, dont un tiers ont été dressées en Ile-de-France. Rien que sur les dernières 24 heures, il y en a eu 12.000, précisait encore vendredi matin Gérald Darmanin, qui assure que les policiers le font "de mauvaise grâce". Des chiffres qui restent toutefois bien inférieurs à ceux observés sur les 15 premiers jours du premier confinement, où 6,7 millions de contrôles avaient été effectués pour 406.283 verbalisations.

Le confinement mis en place pour lutter contre la deuxième vague de coronavirus est plus souple dans le sens où les établissements restent ouverts, engendrant un nombre de déplacements plus importants, le matin et le soir. Rendant ainsi les contrôles plus compliqués. "Il ne faut pas oublier que la délinquance du quotidien est toujours là, insiste le syndicaliste. S'il y a moins de vols dans les commerces, il y a de la délinquance routière, des agressions envers les personnes..." Ce qui mobilise alors les forces de l'ordre.

Policiers et gendarmes, eux aussi touchés par l'épidémie de coronavirus, sont également confrontés aux violences urbaines dans certains quartiers: des tirs de mortier en direction des policiers dans le Rhône, devant un lycée à Compiègne, ou encore dans un quartier d'Argenteuil. Une note du renseignement territorial émise en début de semaine note une légère augmentation des violences urbaines. Les policiers évoquent un contexte post-halloween, alors que l'événement engendre chaque année des violences. Ils notent par ailleurs que ces incidents se produisent plus tôt dans la journée, vers 17-18 heures, lorsque les élèves sortent de cours.

"C'est le reflet de ce qu'il s'est passé en mars-avril, analyse Stanislas Gaudon. Cette grande difficulté était déjà identifiée lorsque le couvre-feu a été appliqué puis le confinement. Dès qu'il y a des règles, c'est l'ultra-violence qui s'exprime."

Une menace terroriste plus forte

A l'ensemble de ces missions sur lesquelles les forces de l'ordre ne peuvent être désengagées, est venue s'ajouter ces dernières semaines la menace terroriste. Après l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine, puis celui de la basilique Notre-Dame de Nice, le niveau du plan vigipirate a été relevé à son niveau maximal. Dans le même temps, le président de la République a annoncé le doublement des contrôles aux frontières, à la fois pour gérer les flux de population dans le cadre de la crise sanitaire, mais aussi dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

"Le concours des militaires de l'opération Sentinelle est bienvenu, car ce contexte compliqué mobilise de nombreux effectifs, concède encore le représentant d'Alliance Police. C'est une équation difficile à réaliser."

Si les effectifs de la police nationale sont mobilisés sur plusieurs fronts, le renforcement des contrôles d'attestation, qui s'étendront après le 1er décembre comme l'a annoncé jeudi le Premier ministre Jean Castex, pourrait passer par les polices municipales dont les agents sont habilités à verbaliser.

Article original publié sur BFMTV.com