Enseignement virtuel : la technologie ne doit pas prendre le dessus sur les apprentissages

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Depuis mars 2020, le Canada a vu émerger l’enseignement virtuel synchrone et asynchrone dans le milieu scolaire. (Shutterstock)

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, en mars 2020, différentes méthodes d’enseignement à distance ont été mises en place au pays. Les deux modes principaux qui ont émergé sont l’enseignement virtuel synchrone (en direct, à l’écran) et l’enseignement virtuel asynchrone (l’enseignant enregistre son cours à l’avance et il peut être visionné à tout moment, ou alors il donne des activités et devoirs à faire à la maison par l’entremise d’une plate-forme d’apprentissage).

Les enseignants ont donc dû revoir leurs méthodes d’enseignement et s’adapter, en quelques jours, à l’enseignement en ligne. L’Education Endowment Foundation, une fondation subventionnée par le ministère anglais de l’Éducation, a synthétisé des méta-analyses (synthèse de recherches expérimentales) afin de formuler des recommandations pédagogiques pour guider l’enseignement à distance.

Elles disent, en gros, que les méthodes efficaces en mode présentiel doivent être transposées en mode virtuel. Et que l’enseignant ne doit pas être submergé par les technologies.

Nous sommes un groupe de chercheurs en enseignement en milieu scolaire, intéressés notamment par la littératie, l’adaptation scolaire et sociale et la dynamique de l’enseignement-apprentissage. Pourquoi s’intéresser à ce sujet alors que la pandémie s’essouffle et que les élèves sont à l’école ? Car il est important, à notre avis, de faire un bilan de ces deux dernières années et de documenter pour l’avenir.

Gérer sa classe

Lors d’un enseignement virtuel synchrone, il est très facile de perdre le contrôle de la classe s’il n’y a pas une gestion efficace des comportements, tout comme en mode présentiel. Il importe ainsi d’identifier les comportements attendus (éteindre son micro, lever sa main virtuelle pour avoir son tour de parole, ne pas couper la parole) et montrer exactement ce à quoi on s’attend des élèves, ce qu’on appelle dans le jargon le « modelage ».

Par la suite, les élèves pratiquent les comportements désirés sous la supervision de l’enseignant qui s’assure de leur fournir de la rétroaction. Les comportements inadéquats qui compromettent l’enseignement et l’apprentissage ne peuvent être tolérés, mais certains peuvent être illustrés avec humour et contrexemples par l’enseignant afin d’éviter leur apparition. Lorsque les comportements attendus sont adoptés par les élèves, et que la gestion de classe virtuelle fonctionne bien, l’enseignement des contenus devient possible.

Dans le contexte de l’enseignement en ligne, le modelage peut prendre plus de temps. Il n’est pas toujours possible de voir ce que les élèves écrivent, d’où l’importance de poser des questions pour comprendre leur mode de fonctionnement et de vérifier leurs apprentissages. Par conséquent, il s’avère opportun d’expliquer et de réexpliquer.

Une plate-forme inadéquate

Google Classroom est l’une des plates-formes d’apprentissage gratuites utilisées par le milieu scolaire pour créer des activités de façon numérique. Cette plate-forme est intéressante pour intégrer du matériel pédagogique, mais pas nécessairement pour enseigner en temps réel, de façon synchrone. Trop souvent, le temps d’enseignement est passé à faire de la logistique, ce qui représente une perte de temps d’enseignement.

Par exemple, des parents interrogés dans le cadre d’une recherche sur l’enseignement virtuel et en présentiel en temps de pandémie, que nous avons menée, ont mentionné à un chercheur qu’une enseignante a utilisé trois périodes de 55 minutes à expliquer à des enfants de 2e année du primaire comment aller chercher un document sur le Classroom. Quand un parent a proposé de projeter le document à l’écran en mode présentation, au lieu que chaque élève ait son propre document sur son ordinateur, sa réponse a été : « Je veux que les enfants apprennent à aller chercher les documents sur mon Classroom »…

Mais quels apprentissages ont été faits ici ? Aucun ! À cet âge, les élèves ne savent pas nécessairement comment naviguer sur les différentes plates-formes. L’enseignant ne sait pas non plus quels onglets sont ouverts sur l’ordinateur des élèves et chaque enseignant a sa propre façon d’utiliser la plate-forme. De plus, l’utilisation de Google Classroom est loin d’être intuitive pour les élèves et pour les parents.

Revenir à la base

Ce n’est pas parce qu’on enseigne en ligne que l’on doit utiliser la technologie à tout prix. Parfois c’est intéressant, parfois moins. Faire un partage d’écran d’une vidéo de Just Dance sur YouTube pour un cours d’éducation physique, c’est pertinent. Les enfants bougent et ils s’amusent tout en dansant sur des chansons diversifiées.

Sinon, une façon simple de ne pas perdre le contrôle — ou de le reprendre — reste l’utilisation du tableau blanc effaçable, des cahiers d’activités en version papier ou des feuilles à imprimer. Les activités papier-crayon fonctionnent très bien avec les élèves, les parents et les enseignants. Les élèves connaissent déjà leurs cahiers d’activités et ceux-ci ne seront pas confrontés à des problèmes techniques.

Il est nettement plus facile de dire aux élèves de prendre leur cahier d’apprentissage 1, 2, 3… avec Nougat en mathématique que de leur dire d’aller sur Google Classroom pour trouver un document XYZ dans une sous-section d’une autre sous-section où plusieurs possibilités s’affichent pour l’ouvrir. Pour les parents, c’est aussi plus simple — et beaucoup moins stressant — de répondre aux questions de leurs enfants par l’entremise d’un cahier d’activités en version papier. Ils se sentent alors plus compétents et plus confiants pour aider leurs enfants dans leurs apprentissages. Les documents sur Google Classroom (qui est vierge à la base puisque l’enseignant construit la plate-forme en fonction de sa planification) ou toute autre plate-forme d’apprentissage comme Zorbit en mathématique ou Boukili en lecture, sont plutôt utiles pour réaliser des devoirs ou pour réviser la matière vue à l’école pendant la journée.

Lorsque les élèves font l’école virtuelle synchrone, le temps d’enseignement est trop précieux pour qu’il soit consacré à l’apprentissage d’une plate-forme. La priorité demeure d’enseigner et d’apprendre.

L’apprentissage de n’importe quelle plate-forme web devrait avoir été effectué en salle de classe avec les élèves, en personne, afin que l’enseignant ait pu s’assurer de leur compréhension, et ce, avant que l’enseignement virtuel ait lieu. Il faut éviter à tout prix de complexifier l’utilisation des technologies afin de minimiser les pertes de temps et maximiser les occasions d’enseignement-apprentissage. Pour y arriver, le recours à des moyens simples peut faciliter la mise en œuvre d’un enseignement plus efficace dont les enfants ont tant besoin ! Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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Charlette Ménard, Isabelle Carignan, Joanie Viau, and Steve Bissonnette do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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