Enseignante insultée: le procureur de Toulouse dénonce des actes "intolérables"

Justine Chevalier
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Le procureur de la République de Toulouse, Dominique Alzeari. - BFMTV
Le procureur de la République de Toulouse, Dominique Alzeari. - BFMTV

Au lendemain de l'assassinat de Samuel Paty, le garde des Sceaux avait appelé, par le biais d'une dépêche, les procureurs à réserver une attention toute particulière et un traitement diligent à tous les comportements haineux, insultant ou menaçant, qui visent les enseignants. Une recommandation qui est intervenue alors que le parquet de Toulouse enquêtait déjà sur un incident qui s'est produit au début du mois d'octobre dans un établissement scolaire.

Ce 9 octobre, une enseignante titulaire d'histoire-géographie au lycée Pierre d'Aragon à Muret, près de Toulouse, dispense un cours d'éducation morale et civique à une classe de Première CAP, divisée en deux groupes. Avec le premier groupe, elle aborde les droits et devoirs des citoyens, les problèmes de laïcité, l'égalité homme-femme et le sujet du port du voile est alors évoqué. L'enseignante rappelle notamment que le port du voile est interdit dans l'espace public.

Insultée copieusement

La discussion est animée, "parfois vive", selon les mots du procureur de Toulouse, notamment avec deux jeunes filles et deux garçons qui disent ne pas comprendre les propos de l'enseignante. Le débat est "jusque-là contrôlé", note Dominique Alzeari. À l'interclasse, une lycéenne du deuxième groupe, qui n'a donc pas assisté au débat, s'en prend à sa professeure et l'insulte copieusement. Elle lui dit d'ailleurs qu'elle n'assistera pas à son cours, qu'elle ne tolère pas les propos qui y ont été tenus.

À la fin du deuxième cours, deux autres lycéens viennent voir leur professeur et un nouveau face-à-face tendu a lieu, sans que des insultes soient prononcées. Les élèves ont toutefois fait pression sur l'enseignante et s'approchant, notamment, très près d'elle. "La réaction qui a suivi a été parfaitement adaptée", note le procureur de Toulouse. Le jour-même, la direction de l'établissement recadre les lycéens impliqués, l'enseignante, elle, a porté plainte à la gendarmerie.

Un recadrage plus général a été réalisé au sein de l'établissement et le 12 octobre, le proviseur effectue un signalement à la gendarmerie sur l'élève. L'enquête a conduit les gendarmes a recueillir de nombreux témoignages et "des éléments objectifs", indique le procureur, conduisant au placement en garde à vue de sept lycéens lundi dernier. Le représentant du parquet note qu'entre temps il n'y a pas eu de nouvelles menaces ou insultes proférées.

"Nous n'avons pas trouvé trace de la moindre menace sur les réseaux sociaux", a tenu à rappeler le procureur.

7 lycéens placés en garde à vue

En garde à vue, les septs lycéens, âgés entre 15 et 17 ans, ont reconnu les faits. Les quatre élèves du premier groupe, qui ont eu une discussion animée avec leur professeure, ont présenté leurs excuses. Le parquet a décidé de ne pas engager de poursuites à leur encontre, une procédure disciplinaire au sein du lycée ayant été mise en place.

Les deux lycéens du second groupe, poursuivis pour "acte d'intimidation d'une personne en charge d'une mission de service public" ont écopé d'une mesure de composition pénale, impliquant la réalisation d'un stage de citoyenneté.

La lycéenne de 16 ans qui a violemment insulté l'enseignante a été mise en examen pour "outrage à personne chargée d'une mission de service public". Elle bénéficie d'une liberté conditionnelle juridictionnelle et va faire l'objet d'un suivi. Tout comme sa famille va faire l'objet d'investigations alors que cette jeune fille a été jugée comme "en rupture sur pas mal de point".

"La réponse apportée est rapide, graduelle, personnalisée et ferme, a précisé le procureur de Toulouse déplorant des "agissements graves, intolérables". "Pour moi, ce type d'agissements ne peut pas prospérer dans la mesure où ils viennent intenter aux conditions d'exercice des enseignants."

Article original publié sur BFMTV.com