Une enquête du parquet financier vise un proche de Wauquiez

Benjamin LEGENDRE, Pierre PRATABUY
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Le parquet national financier (PNF) enquête sur un proche de Laurent Wauquiez à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, au salaire "disproportionné" selon la Chambre régionale des comptes (CRC) et à la tête d'un "cabinet fantôme" d'après l'opposition.

L'enquête a été ouverte durant l'automne, a indiqué une source judiciaire à l'AFP, sans préciser les éventuelles infractions pénales examinées.

En octobre 2019, un rapport de la CRC sur les premières années de la gestion Wauquiez (2016-2018) avait épinglé, sans le nommer, "la situation atypique d'un responsable de service", dont la rémunération mensuelle - "près de 9.000 euros nets" - représentait "plus du double" de la moyenne salariale de ses pairs au sein de la collectivité.

Un montant justifié, selon l'exécutif régional, par le "haut niveau de technicité" et l'importance des missions de cet agent contractuel, engagé comme "coordinateur des relations aux élus".

La fiche de paie de l'intéressé - Ange Sitbon, ex-tacticien électoral de l'UMP et de LR au niveau national, recruté par M. Wauquiez au début de son mandat - risquait de paraître "disproportionnée" au juge administratif, estimait la Chambre.

Le 30 juin, elle a finalement activé la justice pénale en signalant les faits au procureur de Lyon, qui a transmis le dossier au PNF en juillet, en le complétant par un signalement de l'association anticorruption Anticor.

"La Région, avec beaucoup de sérénité, se tient à la disposition du parquet national financier. Elle communiquera les éléments qui lui seraient demandés comme elle l'a déjà fait avec la Chambre régionale des comptes", a-t-on réagi dans l'entourage de M. Wauquiez.

- "Système clientéliste" -

Les critiques de la CRC ne s'arrêtaient pas au cas de M. Sitbon.

Dans son rapport, elle pointait "une vingtaine d'emplois de +chargés de mission vice-présidence+, pourvus essentiellement par des recrutements d'agents contractuels de catégorie A" mais "assimilables" à des postes de cabinet, au-delà du plafond d'effectifs autorisé par la loi.

Analyse contestée par l'exécutif régional : dans sa réponse à la chambre il faisait valoir notamment que ces emplois existaient déjà sous les précédentes mandatures et qu'il en avait réduit le nombre.

Anticor a montré du doigt d'autres chargés de mission, embauchés autour de M. Sitbon comme contractuels de droit public, "alors qu'eux aussi auraient dû l'être en tant que collaborateurs de cabinet", au vu de leurs missions.

L'association relevait aussi la proximité politique entre l'exécutif régional et ces agents, élus LR dans la région ou responsables locaux du parti pour la plupart, comme en attestent leurs comptes Twitter et profils LinkedIn.

"En charge des dossiers de financement région concernant la Haute-Loire", précisait celui d'une chargée de mission engagée en avril 2016, après avoir été élue conseillère d'un canton de ce département - fief de Laurent Wauquiez - en mars 2015. Un autre a été recruté en novembre 2016 comme "chargé de mission Haute-Loire", où il était élu depuis 2014 dans une commune.

Derrière ces appellations, l'opposition socialiste au conseil régional avait dénoncé en septembre "un cabinet fantôme à la botte des Républicains". À ses yeux, M. Sitbon est "la pierre angulaire d'un système clientéliste" arbitrant "politiquement", et "dans une opacité totale", l'attribution des subventions régionales.

"On ne peut pas tolérer que des agents publics soient affectés sur des missions politiques en violation du plafonnement du nombre de collaborateurs de cabinet", a commenté jeudi Elise Van Beneden, présidente d'Anticor.

"Ce plafonnement a vocation à préserver le service public et une certaine égalité entre candidats (aux élections, NDLR). Le fait que la justice enquête en amont est un excellent signal qui favorisera, je l'espère, une campagne plus éthique pour les régionales", a-t-elle ajouté.

Auvergne-Rhône-Alpes n'est pas la seule région où la multiplication des chargés de mission a éveillé les soupçons.

C'est aussi le cas en Île-de-France, où une perquisition a eu lieu fin septembre au conseil régional dans le cadre d'une enquête ouverte pour "détournements de fonds publics", et en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, où le dernier rapport de la CRC a dénoncé un nombre de collaborateurs de cabinet supérieur à celui prévu par la loi.

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