Macron et Philippe visés en 2019 par Pegasus

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par Myriam Rivet et Michel Rose

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont été ciblés en 2019 en vue d'une éventuelle mise sous surveillance de leurs téléphones par le logiciel espion Pegasus pour le compte des services de renseignement du Maroc, ont rapporté mardi Le Monde et Radio France.

Les numéros de téléphone du président et de l'ancien Premier ministre français figuraient, selon le Washington Post, sur une liste regroupant les noms de dirigeants mondiaux dont la surveillance via Pegasus était envisagée.

Cette dernière information en date fait suite à une première série de révélations, dimanche, d'un consortium de médias - dont font partie Le Monde et Radio France - sur l'utilisation du logiciel espion israélien.

La justice française a annoncé l'ouverture d'une enquête suite à ces révélations.

Aucune précision n'a été donnée mardi par le Washington Post sur l'origine et les motifs présumés des tentatives d'espionnage. Reuters n'a pas pu confirmer de manière indépendante les informations du journal.

La présidence française a déclaré que si ces "faits étaient avérés", ils seraient "évidemment très graves". "Toute la lumière sera faite sur ces révélations de presse", a-t-elle ajouté.

Radio France et Le Monde ont indiqué mardi ne pas être en mesure de dire si Emmanuel Macron et son ancien Premier ministre ont été effectivement espionnés.

Avant ce rebondissement, le successeur d'Edouard Philippe à Matignon, Jean Castex, avait déclaré à l'Assemblée nationale que les faits allégués dimanche seraient "d'une très grande gravité" si vérifiés.

"Selon nos informations, en mars 2019, une agence de renseignement du Maroc, cliente de la société NSO et utilisatrice de son redoutable outil d'espionnage Pegasus, a entré l'un des numéros du chef de l'Etat français dans son logiciel espion", a rapporté la cellule d'investigation de Radio France sur le site de franceinfo.

"Un numéro qui, même s'il avait 'fuité' entre les deux tours de la présidentielle de 2017 avec les 'Macronleaks', continuait à être utilisé par Emmanuel Macron une fois à l'Elysée", a-t-elle ajouté.

Le ciblage du téléphone du président français pourrait s'expliquer, selon Le Monde, par la situation en mars 2019 en Algérie, voisin du Maroc, où l'incertitude régnait après l'annonce du retrait d'Abdelaziz Bouteflika du pouvoir. Cette thèse est alimentée par la présence du numéro de Xavier Driencourt, ambassadeur de France en Algérie, dans la liste des téléphones ciblés à l'époque.

QUINZE MEMBRES DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS AURAIENT ÉTÉ CIBLÉS

D'après Le Monde, "les numéros d'Edouard Philippe (...), de tous les principaux ministres (intérieur, environnement, justice, économie, affaires étrangères, budget, éducation) – à l'exception de la ministre de la Défense –, ainsi que ceux d'autres ministres ont été saisis par le client marocain de Pegasus au début de l'été 2019".

Quinze membres du gouvernement auraient ainsi été ciblés.

Le parquet de Paris a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête à la suite de plaintes de Mediapart et de deux de ses journalistes.

L'enquête est ouverte des chefs d'atteinte à l'intimité de la vie privée, accès frauduleux à des systèmes technologiques et association de malfaiteurs, entre autres, précise le procureur de la République, Rémy Heitz, dans un communiqué.

Selon des informations du Monde, le logiciel Pegasus développé par la société israélienne NSO Group aurait été utilisé par un service marocain pour espionner certains journalistes du site d'informations Mediapart et de l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné.

Le gouvernement marocain a officiellement rejeté ce qu'il a décrit comme "des allégations infondées et mensongères".

D'après les enquêtes publiées dimanche dans différents médias, le logiciel Pegasus a été utilisé par plusieurs pays à travers le monde pour des tentatives de piratage - dont certaines ont réussi - de smartphones appartenant à des responsables gouvernementaux, des journalistes et des défenseurs des droits de l'homme.

Selon le Washington Post, le président irakien Barham Salih a été sélectionné, parmi d'autres chefs d'Etat, pour une possible mise sous surveillance.

NSO assure que son logiciel est destiné seulement aux services de renseignement gouvernementaux et aux agences de maintien de l'ordre afin de les aider à lutter contre le crime et le terrorisme.

(Reportage Myriam Rivet, Michel Rose Dominique Vidalon et Ingrid Melander, avec Angus McDowall, Ahmed El Jechtimi et Dan Williams, édité par Nicolas Delame, Sophie Louet et Jean Terzian)

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