Enquête ouverte contre le maire de Grenoble, accusé de versement illicite à une élue

Le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, fait une déclaration à la presse, le 5 juin 2024 à Grenoble (JEFF PACHOUD)
Le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, fait une déclaration à la presse, le 5 juin 2024 à Grenoble (JEFF PACHOUD)

Une enquête a été ouverte mercredi contre le maire écologiste de Grenoble suite à un article du Canard Enchaîné qui l'accuse d'avoir organisé un tour de passe-passe budgétaire pour verser indûment 16.800 euros à son ancienne première adjointe, a indiqué le Parquet.

L'enquête pour "concussion", - un délit passible de 5 ans de prison et 500.000 euros d'amende - et "recel de ce délit" vise le maire Eric Piolle, son ancienne adjointe aujourd'hui députée LFI Elisa Martin, et un intermédiaire, a précisé le procureur Eric Vaillant.

"Ca fait maintenant deux ans que j’ai un ancien collaborateur qui manifestement veut me nuire, à moi, peut-être à d’autres", a réagi le maire de Grenoble lors d'un point presse dans la soirée.

"Quand quelqu'un cherche à monter sur un ring avec vous, ma réaction spontanée c’est de ne pas y aller", a-t-il ajouté.

"La justice a ouvert un espace, ça me semble très sain pour tout le monde", a-t-il encore noté, excluant de démissionner.

Le journal satirique, dans son édition de mercredi, affirme qu'un ancien collaborateur de M. Piolle a bénéficié d'une hausse de salaire de 600 euros en décembre 2016 mais s'est vu demander d'en rétrocéder 400 à Mme Martin pour l'aider à "boucler ses fins de mois".

Selon le journal, cette "combine" visait à compenser la fin de son mandat de conseillère régionale et la baisse d'un quart des indemnités des élus municipaux, en vertu des règles fixées par la municipalité.

Au total, Elisa Martin aurait ainsi perçu en liquide 16.800 euros, non déclarés au fisc.

Ces versements auraient pris fin lorsqu'elle a été élue députée au printemps 2022.

Selon le Canard Enchaîné, les relevés bancaires de l'ancien collaborateur, qui a quitté la mairie à l'été 2022, montrent qu'il a "méthodiquement" prélevé 400 euros en liquide chaque mois. Il aurait en outre fait attester par un huissier de justice de conversations menées par messageries cryptées.

- "Nombreuses médiations" -

"Au-delà de la somme de 400 euros/mois, il y a également d’autres préjudices qui relèvent notamment des conditions de la rupture de son contrat de travail etc… Si l’ensemble des préjudices qu’il a évoqué a été reconnu, les élus en cause ont refusé de les réparer", a indiqué à l'AFP l'avocat de l'ancien collaborateur de M. Piolle, Me Jérémie Assous, précisant disposer de "nombreux éléments de preuves".

En dépit de "nombreuses médiations" à l'initiative de son client, les élus concernés n’ont jamais consenti à "formuler une proposition réparant le préjudice subi", selon lui.

"Une telle prise de position est incompréhensible. Cela relève soit de la bêtise, soit du mépris", a-t-il estimé. "Et ce n'est pas faute de les avoir alertés sur la particularité de la situation et son danger", a-t-il ajouté.

Les Républicains ont appelé le maire "tirer les conséquences et à rendre service à Grenoble et aux Grenoblois en démissionnant de son mandat".

L'ancien maire Alain Carignon, lui-même condamné pour corruption, a également dénoncé des faits "d'une exceptionnelle gravité" qui, selon lui, "rompent définitivement la confiance des Grenoblois.

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