Enquête sur le massacre de Ngarbuh au Cameroun: les réactions s'enchaînent

Au Cameroun, les réactions se multiplient après la publication des conclusions de l’enquête sur le massacre de Ngarbuh, en février dernier, dans le nord-ouest du pays. Dans un communiqué cette semaine, la présidence camerounaise a reconnu que l’armée et un groupe d’autodéfense étaient impliqués dans le massacre de 13 civils, dont 10 enfants, lors de combats avec des séparatistes anglophones. Le gouvernement a également reconnu que les soldats avaient tenté d’occulter la vérité sur ces meurtres. Trois militaires et de dix miliciens ont été arrêtés.

Jusqu’à présent, les autorités avaient toujours nié l’implication des forces de l’ordre et rejeté les accusations des ONG qui expriment désormais leur satisfaction.

Pour Human Rights Watch malgré certaines failles, c’est une première étape importante vers la justice.

Le Redhac souhaite avoir l'intégralité du rapport

Pour le Redhac, c’est une victoire mais elle n'est pas totale. Le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale aurait aimé avoir l’intégralité du rapport et pas simplement la conclusion, explique sa directrice Maximilienne Ngo Mbe jointe au téléphone par Alexandra Brangeon.

« A partir du moment où il est clair que ce que nous avons dit en février est la vérité, même si aujourd’hui d’aucun trouvent que ce sont des bavures et minimisent les faits, pour nous c’est déjà une victoire, mais une victoire qui n’est pas complète.

 

Il y a une polémique autour des chiffres. Les gens disent que c’est quinze victimes, les autres disent que c’est dix-huit. Nous, nous avons tout le temps dit qu’il y a plus de vingt personnes. C’est pour ça que nous voulons avoir un rapport complet.

 

Une victoire pas complète, parce que nous pensons qu’il doit y avoir probablement un commanditaire. Et puis si on a le rapport, on pourra leur faire des remarques constructives en disant : d’accord, mais il y a peut-être des zones d’ombre ici, est-ce que vous pouvez nous éclairer ?»

 

Par ailleurs, l'ONG estime avoir été -à l'instar des autres ONG- jetée en pâture selon l'expression de Maximilienne Ngo Mbe. Aussi des excuses publiques des responsables politiques seraient les bienvenues.

Et enfin, souligne  Maximilienne Ngo Mbe, les accusés doivent avoir un procès impartial et équitable.

Le SDF veut des enquêtes  

Autre réaction, celle du SDF. Pour le Front Social Démocratique – principal parti d’opposition dans les zones anglophones- ce rapport est une petite évolution par rapport à la version du gouvernement juste après le massacre. Jusqu’à présent, les autorités avaient toujours nié l’implication des forces de l’ordre. Le SDF de John Fru Ndi qui espère que le gouvernement va saisir cette occasion pour mettre sur pied des commissions d’enquête sur les différents drames qui ont eu lieu dans cette région depuis le déclenchement de la crise anglophone.