ENQUÊTE FRANCE 2. Police : la diversité chez les commissaires en question

L’instant est solennel. Ce vendredi, le ministre de l’Intérieur est venu saluer la 70e promotion de l’École Nationale Supérieure de la Police (ENSP), l’école qui forme près de Lyon les futurs commissaires de la police nationale. 40 hauts fonctionnaires en uniforme et un constat : leur couleur de peau, elle aussi, est quasi uniforme. Parmi les rares exceptions, les auditeurs étrangers, souvent africains, qui exerceront dans leur pays après la formation. Alors, trop blanche cette promotion ? “Ça dépend des années..." nous répond avec hésitation Éric Bouffet, frais diplômé de l'ENSP.Un manque de diversité visible sur toutes les photos de classe de l'écoleCela dépend-il vraiment des années ? Nous avons observé dans les couloirs de l’école les photos de classe des 69 promotions précédentes. De la plus ancienne à la plus récente, le constat est saisissant : une infime minorité d’élèves est issue de la diversité. Contactée, l'ENSP nie pourtant tout problème de diversité au sein de ses promotions. “La diversité existe chez les officiers et les commissaires, nous écrit la direction de l'école. Pour rappel, les statistiques ethniques sont interdites, nous n’avons pas de chiffre à disposition.”La diversité dans la police : en bas de l'échelle oui, en haut nonPour Jérémie Gauthier, sociologue spécialiste de la police, le manque de diversité chez les cadres de la police est bien réél, tandis que les agents de terrain, avec les adjoints de sécurité, ont su intégrer en priorité des jeunes des quartiers sensibles. “La diversification ethnique des services de police, qui avait été voulue à la fin des années 90 par Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Intérieur, s’est faite principalement par le bas, c’est-à-dire la police visible qui est dans la rue, nous explique-t-il. Or cette volonté n’a jamais été formulée au niveau des échelons de commandement.”Il y a une espèce d'hésitation Abdoulaye Kanté, gardien de la paixAbdoulaye Kanté est gardien de la paix en région parisienne. Il a fait les comptes : en 21 ans de carrière et cinq services de police, il n’a connu qu’un seul commissaire issu de la diversité. Pas très inspirant pour les gardiens de la paix issus des banlieues qui voudraient monter en grade. “Peut-être n'osent-ils pas aller vers ces concours-là, estime-t-il. Il y a une espèce d'hésitation et pourtant beaucoup ont les capacités d'être cadres dans la fonction publique, notamment dans la police nationale.”Un commissaire en fonction écrit à Emmanuel MacronLe commissaire divisionnaire Abdelkader Haroune, lui, a osé. Dans sa promotion à l’ENSP, il était le seul élève issu de la diversité. Aujourd’hui selon lui, chez les commissaires comme dans toute la haute fonction publique, il est temps de prendre des mesures pour les ouvrir à la diversité. Membre du Conseil présidentiel des villes, il adresse à Emmanuel Macron une lettre ouverte, dont voici un extrait. “Monsieur le président de la République. (...) Faisons de l’origine sociale ou géographique de chacun non plus un fardeau disqualifiant mais un atout pour une nouvelle France (...) empreinte de justice sociale.” La lettre est disponible ci-dessous dans son intégralité.

Avec plusieurs parlementaires, le commissaire Haroune est à l’origine d’une proposition de loi, examinée à l'automne au Sénat. Elle doit permettre aux diplômés issus des quartiers populaires d’accéder en priorité à des postes à responsabilité. Dans la police comme ailleurs.La lettre d'Abdelkader Haroune, commissaire divisionnaire et membre du Conseil présidentiel des villes, à Emmanuel Macron :