ENQUÊTE FRANCE 2. Des étudiantes dénoncent des viols et des agressions sexuelles sur le campus de l'Ecole des mines d'Alès

C'est un campus où se côtoient 1 000 étudiants chaque année : une vie étudiante rythmée par ces soirées organisées régulièrement par des associations d'élèves. Mais derrière les images festives, se cachent des histoires plus sombres. Des dizaines d'étudiantes de l'école d'ingénieurs IMT Mines d'Alès (Gard) affirment avoir été victimes d'agressions sexuelles de la part d'autres camarades. Elles ont dénoncé cela, au printemps 2020 et de manière anonyme, sur une page Facebook. Une étudiante qui souhaite rester anonyme affirme avoir été agressée sexuellement puis violée. Elle raconte ce qu'elle a subi à France 2 : "Quand j'ai réalisé ce qu'il se passait, j'étais tétanisée (...) mon corps ne réagissait plus". Aujourd'hui, elle se dit toujours traumatisée et indique n'avoir pas osé en parler à la direction. "C'est tellement dur à vivre ce processus, que je n'avais pas le courage", affirme-t-elle. Elle n'est pas la seule à déclarer avoir été violée sur le campus : en 2019 et 2020, deux autres étudiantes ont porté plainte, l'une pour viol, l'autre pour agression sexuelle. Pour comprendre l'ampleur du phénomène, un collectif féministe d'étudiantes, baptisé "Clitoliste", a lancé, pendant le premier confinement, un sondage auprès des étudiantes des trois dernières promotions de l'établissement. Les résultats se sont révélés édifiants : le collectif dit avoir reçu 49 témoignages, tous anonymes. Selon son analyse, 17 relèvent d'agressions sexuelles et 7 de viols. Un manque de réactivité de la direction Des chiffres alarmants que le collectif fait remonter à la direction de l'école dès le mois d'avril. Mais, selon ses membres, cette dernière n'a pas pris la mesure du problème. Interpellé en novembre dernier sur son manque de réactivité, voici ce que répondait le directeur de l'école, Thierry de Mazancourt, aux élèves : "J'ai appelé votre attention sur le fait que tous les témoignages de viols rapportés par les élèves étaient corrélés à l'abus d'alcool. Et vous ai invités à traiter ce fléau parce que je suis convaincu que si c'était fait, les agressions sexuelles diminueraient considérablement." Interrogé par les journalistes de France 2, le directeur reconnaît la maladresse de ses propos. Il fait le constat que le règlement actuel de l'école ne lui permet pas de se porter partie civile et souhaite que cela change. "On va changer notre règlement intérieur pour agir contre des gens qui nuiraient au bon fonctionnement ou l'image de l'école", assure-t-il. De leur côté, les deux étudiants visés par des plaintes ont été exclus et font l'objet d'une procédure judiciaire.