Enlèvement de Mia : qui est Rémy Daillet-Wiedemann, soupçonné d'être lié aux ravisseurs de la fillette ?

Un ancien membre du MoDem reconverti dans le complotisme pourrait avoir un lien avec l'enlèvement de Mia, âgée de 8 ans, retrouvée dans un squat en Suisse avec sa mère. Rémy Daillet-Wiedemann, 54 ans, résidant en Malaisie, fait l'objet d'un mandat d'arrêt international dans le cadre de cette affaire, a annoncé mardi 20 avril le procureur de la République de Nancy. Il lui est notamment reproché d'être "l'animateur principal de la mouvance" dans laquelle s'inscrivent les différents ravisseurs de Mia. Cet homme est soupçonné d'avoir "joué un rôle dans l'organisation de l'enlèvement et aurait ainsi fourni les coordonnées de l'accueillante de la mère et de l'enfant à Neuchâtel". Joint par BFMTV, Rémy Daillet-Wiedemann ne nie pas son implication, mais réfute tout enlèvement. "Il ne s'agit pas d'un enlèvement mais d'une restitution d'un enfant à sa maman à sa demande. Il y a une inquiétude de la population au sujet de nombreux placements abusifs. Il y a des milliers de placements faits abusivement", a-t-il déclaré. Franceinfo revient sur le parcours sinueux de cet homme connu des sphères complotistes, qui ambitionnait récemment de "renverser le gouvernement". Une ex-figure du MoDem en Haute-Garonne Fils de l'ancien député UDF Jean-Marie Daillet, Rémy Daillet-Wiedemann se présente aux élections municipales en 2008, dans la petite commune de L'Isle-en-Dodon (Haute-Garonne). A l'époque, son programme porte notamment sur le développement de la démocratie directe, rapporte La Dépêche du Midi. Il n'est pas élu et intente un recours en justice, dont il est débouté. Rémy Daillet-Wiedemann devient en octobre 2008 responsable du MoDem en Haute-Garonne. Il s'illustre notamment à l'hiver 2009, lorsqu'il entame une "grève du froid" devant l'usine Molex, à Villemur-sur-Tarn, menacée de fermeture. Une ancienne membre de la section locale le décrit comme capable de s'adapter à son auditoire pour le séduire. "Il sait très bien ce qu'il doit communiquer et à qui. Avec moi, il ne montrait pas son côté facho, ni son opposition à l'avortement", déclarait-elle dans une enquête publiée en janvier par Streetpress. Il a été exclu du mouvement en 2010. Depuis plusieurs années, il est installé en Malaisie, d'où l'émission d'un mandat d'arrêt international à son encontre. Un complotiste qui a émergé récemment Anti-avortement, contre la 5G et la vaccination, Rémy Daillet-Wiedemann s'est fait connaître récemment dans les cercles conspirationnistes, mais son audience reste modeste. "On l'avait identifié à l'automne. Son influence, relativement confidentielle jusque-là, s'est considérablement intensifiée, mais pas au point de rivaliser avec certains poids lourds du complotisme français", note Rudy Reichstadt, fondateur et directeur du site Conspiracy Watch. "Certaines de ses vidéos ont fait des centaines de milliers de vues. Reste qu'il faut vraiment suivre ce milieu ou évoluer dedans pour y être exposé." Le contexte sanitaire actuel a également participé à cette "mue accélérée" de ses propos, selon ce spécialiste des mouvances complotistes. "Ses propos sont marqués par une radicalité extrême et posent la question de sa santé mentale. Il appelle notamment au renversement du gouvernement et de la République avec l'aide de l'armée. Le tout publiquement, au vu et au su de tous, ce qui est tout de même inattendu lorsqu'on appelle à un coup d'Etat, au point que plusieurs complotistes estiment qu'il s'agit d'un imposteur travaillant en réalité pour le gouvernement", poursuit Rudy Reichstadt.L'ex-homme politique est d'ailleurs à la tête d'un site intitulé "Appel au renversement du gouvernement de la République française", sur lequel il détaille l'ensemble des 81 mesures qu'il souhaite mettre en œuvre une fois au pouvoir. Parmi elles : arrêt de la vaccination, suspension des amendes et des impôts, mise en panne des radars, désengagement des traités européens, ou encore mise en examen de tous les ministres depuis 1981. Un nom déjà cité dans d'autres affaires D'après les informations du Parisien, Rémy Daillet-Wiedemann faisait "l'objet d'une note bleue (simple recherche d'informations) Interpol émise à la demande des gendarmes de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité (OCLCH)", après avoir salué l'inscription de tags négationnistes sur une stèle dans le village martyr d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) à l'été 2020. Son nom est également apparu dans une enquête lorsqu'un homme atteint de troubles psychiatriques a lancé une voiture contre la gendarmerie de Dax (Landes) au mois de novembre, sans faire de blessés. Interpellé, le conducteur de 39 ans avait expliqué adhérer aux théories de Rémy Daillet-Wiedemann et déclaré vouloir mener "un coup d'Etat", selon les informations de France Bleu Gascogne.