Les enjeux du second tour des municipales en France

Plus de trois mois après le premier tour, les électeurs d'environ 5 000 communes sont appelés aux urnes ce dimanche, pour désigner leur nouveau maire. Près de 16 millions de personnes sont concernées partout en France, sauf en Guyane où le scrutin a été de nouveau reporté car le coronavirus circule toujours activement. Même si la participation sera un élément déterminant, les grands perdants de ces élections devraient être le camp d'Emmanuel Macron et celui de Marine Le Pen.

Alors que les règles du confinement s'assouplissent chaque jour un peu plus dans l'Hexagone, une question préoccupe tous les partis politiques : les Français iront-ils voter dimanche ? Avec 55,34 % (soit près de 20 points de plus qu’en 2014) l'abstention a atteint des sommets jamais vus au premier tour. Beaucoup compte sur ces réserves de voix pour améliorer leur score. Procurations facilitées ; distanciation sociale, gels et masques dans les bureaux de vote... tout est fait pour donner confiance aux électeurs, tandis que selon les experts, l'épidémie est sous contrôle en France. Le taux de participation, grande inconnue de ces élections, sera le véritable arbitre du scrutin. Un scrutin qui devrait modifier le paysage politique français.

Echec annoncé pour LREM

À l'origine, ce scrutin devait permettre à La République en Marche d'asseoir son pouvoir sur une assise locale. Mais depuis, la crise des Gilets jaunes et la pandémie du coronavirus sont passées par là, charriant avec elles, leur flot de mécontentements auxquels se sont ajoutés le Griveaux-gate et les difficultés d'Agnès Buzyn à Paris. Ce dimanche, le parti d'Emmanuel Macron devrait essuyer un revers cinglant, à deux ans de la présidentielle. Oubliée l'ambition de conquérir Paris, Rennes, Lille ou bien encore Nantes ; désormais, le but n'est plus que d'obtenir 10.000 conseillers municipaux sur les 535.000 que compte la France. Un objectif modeste alors que les chances de décrocher des grandes villes sont faibles. Pour rester dans la course, LREM a même dû se résoudre à des alliances avec les LR, comme à Bordeaux ou Strasbourg.

À Lyon, paradoxalement, le ralliement de Gérard Collomb, soutien de la première heure d'Emmanuel Macron, à la droite pour faire barrage à une liste de gauche emmenée par les Verts, n'est pas passé. L'ancien ministre de l'Intérieur s'est vu retirer son investiture.

Finalement, hormis l'élection du ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, à Tourcoing dès le premier tour, la seule victoire majeure pour le camp d'Emmanuel Macron devrait être celle du Premier ministre, Edouard Philippe, au Havre. Le chef du gouvernement, dont la cote de popularité a fortement progressé pendant la crise du coronavirus, devra toutefois se défaire du député communiste Jean-Paul Lecoq que personne n'attendait si haut à l'issue du premier tour (35,88%).

Une vague verte... teintée de rose

Europe Ecologie Les Verts, qui a le vent en poupe depuis les élections européennes, ambitionne de s'imposer à l'issue de ses municipales, comme la première force à gauche. Fini le rôle de supplétifs, les écolos veulent apporter la preuve incontestable que la dynamique est de leur côté. Des listes vertes-roses-rouges portées par un candidat écologiste pourraient triompher à Lyon, Toulouse, Bordeaux, Besançon ou bien encore Tours. Quant à Grenoble, le seul maire vert d'une grande ville, Eric Piolle, devrait se faire réélire sans souci. Tête de la liste EELV-FI-PCF-citoyens, il est arrivé largement en tête du premier tour (46,68% des voix).

Après une longue traversée du désert, le Parti socialiste devrait, lui, retrouver des couleurs, en partie grâce aux Verts. Mais pas seulement... Le parti à la rose a bien résisté et la prime aux sortants devrait lui permettre de conserver ses fiefs : Paris bien sûr, mais aussi Nantes, Rennes, Dijon, Rouen, Clermont-Ferrand...

Enfin, la gauche unie pourrait s'offrir la deuxième ville de France, Marseille, qui après 25 ans de règne de la droite, pourrait changer de bord. Le « Printemps Marseillais », qui rassemble des socialistes, des communistes, des insoumis, et depuis l'entre-deux tours des Verts, a créé la surprise en terminant en tête le 15 mars.

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La droite toujours solide localement

Les Républicains pourraient subir deux déconvenues lors de ces élections. En premier lieu, une victoire LR à Paris semble peu probable, malgré une deuxième place inespérée de Rachida Dati au premier tour. S'incliner face à la maire sortante, la socialiste Anne Hidalgo, en tête dans les sondages à quelques jours du scrutin, constituerait toutefois une défaite honorable.

En revanche, la perte de Marseille, fief historique, sonnerait comme un coup de tonnerre pour la droite. Martine Vassal, l'héritière de Jean-Claude Gaudin, 80 ans, qui tenait les rênes depuis un quart de siècle et ne se représente pas, est en mauvaise posture dans les enquêtes d'opinion.

Ces deux échecs potentiels ne sauraient toutefois masquer le bon enracinement territorial du parti qui s'est confirmé au premier tour et devrait encore s'accentuer à l'issue du second. Nice, Aix-en-Provence, Colmar, Mulhouse, Metz, Limoges... autant de villes qui devraient être dirigées par un maire LR pendant les six prochaines années.

Des élections décevantes pour le RN

Le Rassemblement national espérait conserver ses bastions et en conquérir d'autres. Plusieurs maires RN ont été réélus dès le premier tour à Fréjus (Var), Hayange (Moselle), Beaucaire (Gard) ou encore Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Le parti de Marine Le Pen a déjà repris 8 des 10 villes qu'il détenait. Mais l'effet domino n'a pas eu lieu et le RN ne devrait pas s'imposer dans d'autres communes majeures, hormis Perpignan où son candidat, le député Louis Aliot, est arrivé en tête (35,6%). Ce serait alors la première ville de plus de 100.000 habitants conquise par le parti depuis Toulon en 1995. Pas de quoi toutefois parler de victoire au niveau national.