Enfoncée dans la crise, l'Espagne aux prises avec la pauvreté de ses enfants

Même avant la crise, Patricia Martin avait du mal à faire vivre sa famille de trois enfants sur le salaire modeste de son mari, balayeur. Lorsque la tempête économique a frappé l'Espagne, le foyer a glissé vers le dénuement.

Temps de travail réduit, salaire de 900 euros divisé par deux: la vie est dure dans leur petit appartement de Vallecas, un quartier populaire du sud de Madrid.

Le couple est menacé d'expulsion, avec plus d'un an de loyers impayés. Ils dépendent de banques alimentaires pour nourrir leurs enfants, qui doivent faire cinq kilomètres à pied pour aller à l'école. Il n'y a plus d'argent pour le bus.

"Si je n'ai rien à leur donner pour qu'ils emportent un goûter, je fais comme si j'avais oublié de le préparer", confie cette femme de 30 ans, tandis que son fils, âgé de sept ans, et ses deux filles, de huit et dix ans, jouent dans un parc près de la maison.

"Ils ne disent rien mais c'est très dur", ajoute-t-elle, des larmes plein les yeux. "Je m'efforce de leur rendre la situation moins pénible".

Six ans après l'explosion de la bulle immobilière qui a détruit des millions d'emplois et lancé le début de la crise dans le pays, l'Espagne fait face à une forte hausse de la pauvreté infantile.

Un demi million d'enfants ont rejoint depuis 2007 la catégorie des petits risquant de tomber dans la pauvreté, portant le total à 2,5 millions, selon une étude de l'ONG espagnole Educo, spécialiste de l'enfance.

Et la cruauté du phénomène se voit dans les cours de récréation. "Ils viennent à l'école mal habillés et sans avoir bien mangé", témoigne Modesto Diez, curé et directeur de l'école catholique semi-publique San Pedro y San Felices, située à Burgos, dans le nord de l'Espagne.

"Ils n'ont pas d'électricité ni d'eau à la maison, ils vivent dans des logements défectueux, leurs premiers besoins ne sont pas remplis", énumère-t-il. De plus en plus d'enfants viennent en classe sans s'être douchés le matin, l'eau ayant été coupée chez eux après des mois de factures impayées.

- La cantine se vide par manque d'argent -

Pour beaucoup de parents, il est devenu impossible de payer les livres scolaires, sans parler des 102 euros mensuels pour la cantine scolaire. Plus de 100 enfants y déjeunaient l'année dernière. Il ne sont plus que 25, dont 10 aidés par Educo.

Beaucoup d'enfants rentrent désormais chez eux à midi "et mangent ce qu'ils trouvent", explique Modesto Diez. Autour de lui, plus de la moitié des tables du réfectoire sont vides à l'heure du déjeuner.

Le taux de chômage de l'Espagne, proche de 26%, allié à une baisse des salaires et une politique d'austérité drastiques, ont eu un impact brutal sur le niveau de vie des élèves, selon le directeur.

"C'est comme dans les années 1950 et 1960, lorsque les familles devaient s'en sortir avec leur peu de revenus, elles faisaient de longues journées pour un faible salaire".

"Nous parlons de gens humbles, de familles de classe moyenne où les deux parents travaillaient parce que la construction créait beaucoup d'emplois. Ils avaient deux salaires de 1.000, 1.200 euros. Cela a, pour beaucoup, été réduit à aucun salaire du tout", ajoute Modesto Diez.

D'abord concentré sur des programmes déployés à l'étranger dans des pays comme le Salvador et l'Inde, Educo a lancé son programme d'aide pour la cantine scolaire en Espagne en septembre, après avoir constaté que de plus en plus d'enfants ne s'alimentaient que de riz, de pommes de terre et de pain.

"Ce sont "les nouveaux pauvres". Des gens qui jusqu'à maintenant n'avaient pas besoin d'aide mais qui en dépendent désormais. C'est très angoissant", explique la directrice des programmes sociaux d'Educo, Pepa Domingo.

Conséquence de cette dégradation, les ONG relèvent également une augmentation du nombre d'enfants maltraités. Comme la Fondation d'aide à l'enfance ANAR qui s'inquiète de la hausse du nombre d'appels reçus sur sa ligne d'assistance téléphonique en 2013, venant d'enfants souffrant de mauvais traitements physiques ou psychologiques.

"Cette augmentation est due en partie à la crise", explique l'un de ses responsables, Benjamin Ballesteros. "Au chômage, et plus généralement aux difficultés économiques que traversent les familles, qui accentuent les tensions et l'agressivité dans les foyers."

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